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Le projet de loi que vient d'adopter le Cabinet et qui vise à transférer du gouvernement aux collectivités locales le contrôle des quatre ports internationaux que compte l'île a suscité d'intenses débats, en particulier au Yuan législatif où de nombreux députés d'opposition ont annoncé qu'ils ne le soutiendraient pas.
C'est sous la pression notamment de M. Frank Hsieh, le maire de Kaohsiung, la grande ville portuaire du sud, et concurremment le président du Parti démocrate-progressiste (PDP) -- au pouvoir --, que le président de la République, qui cherchait d'ailleurs un moyen de célébrer avec éclat sa première année à la tête de l'Etat, s'est décidé à remplir sa promesse de transmettre aux municipalités concernées l'administration des ports internationaux situés sur leur commune.
Telle qu'elle avait été lancée il y a quelques semaines, l'idée ne concernait à l'origine que le port et la municipalité de Kaohsiung. Le projet a finalement été étendu aux trois autres villes qui abritent également un port international devant les vives pressions exercées par leurs élus.
En choisissant d'agir ainsi, M. Chen Shui-bian réalise l'un de ses engagements de campagne électorale allant dans le sens de la décentralisation. Au nombre de quatre, les ports internationaux de l'île -- Kaohsiung, Taichung, Hualien et Keelung -- dépendent encore pour le moment de l'autorité centrale du ministère des Transports et Communications.
L'opposition au PDP, majoritaire au Yuan législatif, reproche essentiellement au gouvernement, plus que le moment choisi -- par intérêt politique, affirme-t-on dans ses rangs --, la précipitation et le manque de concertation avec lesquels le projet a été mis en place, puisque, expliquent-ils, certaines procédures légales ont été complètement laissées de côté. Pour exprimer leur mécontentement, des députés n'ont pas hésité à brandir la menace d'un gel des budgets des quatre ports.
Le gouvernement, dans l'attente de l'approbation du Yuan législatif, a commencé à mettre en oeuvre son projet par le biais de décrets administratifs. Il n'en est encore qu'à une étape intermédiaire, puisque les commissions mixtes, formées de membres désignés par les municipalités et le ministère des Transports pour prendre en charge la gestion des ports, verront dans un premier temps leur activité limitée à un rôle strictement consultatif.
Les observateurs de la vie politique taïwanaise, sans entrer dans le débat de fond sur la nécessité de la mesure, lui trouvent en tout cas un risque potentiel, celui de voir s'immiscer dans la gestion des ports des groupes d'influence locaux, liés à des intérêts commerciaux troubles ou, tout bonnement, mafieux. Ils se posent la question de savoir si les collectivités locales ont les capacités suffisantes pour prendre en charge les nouvelles responsabilités qui leur incomberont bientôt.
Les maires, les assemblées municipales et les députés des quatre villes concernées, qui n'anticipent pour le moment que les gains en prestige et en revenus pour leur ville, ont balayé ces craintes et applaudi des deux mains l'initiative gouvernementale dans un élan commun qui est allé au-delà des partis politiques.