On peut s'étonner qu'à l'heure actuelle il existe à Taïwan de nombreux missionnaires. Les premiers ont débarqué au XVIIe siècle, mais ce n'est que deux cents ans plus tard que leur histoire a réellement commencé. L'ampleur de la tâche à y accomplir ayant fortement diminué la rivalité entre catholiques et protestants, les missions ont travaillé avec force et courage les unes à côté des autres, selon leurs moyens, à la promotion sociale, profitant pleinement aux insulaires.
Après la conquête du continent par les forces communistes, une seconde vague de religieux est arrivée dans les années 50 et 60. Expulsés par les communistes chinois, beaucoup sont naturellement venus dans l'île poursuivre ici leur oeuvre restée inachevée. Offrant leurs services et leur aide à tous les niveaux de la société insulaire, à laquelle ils se sont le plus souvent intégrés, ces missionnaires ont contribué au progrès social de l'île et ont joué un rôle important dans des domaines aussi variés que nécessaires.
Si aujourd'hui Taïwan ne reçoit pratiquement plus de religieux étrangers. n'étant plus une terre d'évangélisation, elle a su intégrer dans sa société les missionnaires arrivés il y a longtemps. Notre choix s'est porté sur quatre religieux catholiques, peut-être plus représentatifs pour l'action que chacun d'entre eux a poursuivie d'une manière singulière.
Venus de Hongrie, les pères Stephen Jaschko, Imre Zsoldos, Stephen Bencze et Joseph Szarkos ont particulièrement oeuvré dans le domaine de la santé, de l'éducation, de la formation professionnelle et de la linguistique.
Membre de la Société de Jésus, le père Stephen Jaschko (de son nom chinois, Yeh Yu-ken) partit au début des années 40 pour la Chine alors ravagée par la guerre contre le Japon. Envoyé en 1942 dans le nord de la province du Hebei, il se mit aussitôt au service de la population, dirigeant un centre d'accueil pour les malades mentaux. Après la prise du pouvoir par les communistes sur le continent, il fut arrêté et envoyé en détention dans un camp de réforme par le travail pendant trois ans. Expulsé en 1955, le père Jaschko arriva naturellement à Taïwan. Là, il se remit au travail, se consacrant à nouveau aux soins des enfants atteints de déficience mentale. Plus tard, grâce à la solidarité des habitants, il est parvenu à fonder un centre de réhabilitation, le premier de ce genre dans l'île.
Aujourd'hui, le Centre catholique Hua Kang, à Kuanhsi, dans le hsien de Hsinchu, abrite 200 personnes, dont deux tiers d'adultes. Grâce à divers soutiens venus de l'île, son établissement s'agrandira prochainement d'ateliers pour procurer une activité professionnelle à ses pensionnaires et d'un point de vente pour écouler le produit de leur travail.
Dans le domaine de l'éducation, le père Imre Zsoldos (de son nom chinois, Chao Te-ju), de la Société du Verbe divin, a passé plus de 30 ans à enseigner à Taïwan. Il quitta son pays natal lors de l'insurrection qui secoua la Hongrie en 1956. Il partit faire des études en Autriche, en France et aux Etats-Unis où il obtint un doctorat ès lettres. En 1964, il fut dépêché par sa congrégation à l'Université catholique Fu Jen, près de Taïpei, où il créa le département de langue française, qu'il dirigea pendant 11 ans avant d'être nommé directeur de la Faculté des Langues étrangères dans cette université.
Le père Zsoldos, linguiste remarquable et parlant une dizaine de langues, a une passion pour la poésie. Il a traduit des poèmes chinois en plusieurs langues, cherchant toujours à leur redonner leur sensibilité originale. Il a écrit en outre plusieurs ouvrages et publié trois dictionnaires bilingues.
Arrivé au début des années 50 dans l'île, le père Stephen Bencze, autre jésuite hongrois, déplorant la misère du mobilier dans les églises insulaires, s'est consacré à la menuiserie, une activité alors en désuétude. Il établit un atelier à Hsinchu, au sud-est de Taïpei, où il forma de nombreux jeunes, leur apprenant un métier indispensable durant les années de forte croissance économique de l'île. Ainsi, la plus grosse partie du mobilier cultuel de la communauté catholique provient de l'atelier du père Bencze, qui s'est transformé en une manufacture. Ses apprentis devenant l'égal du maître ont à leur tour monté leurs propres fabriques à travers l'île, contribuant à l'expansion de l'industrie insulaire du meuble. A 95 ans, le père Bencze, qui s'est retiré, est fier de voir son esprit d'entreprise perpétué à travers tous ceux qu'il a formés.
La plupart des missionnaires établis dans l'île parlent le mandarin, le taïwanais, voire une des langues aborigènes. Le père Joseph Szarkos, de la Société du Verbe divin, originaire de Hongrie, a effectué un travail considérable pour la conservation du dialecte aborigène des Tsou au milieu desquels il a séjourné depuis plusieurs années déjà. Linguiste éminent, il a compris la difficulté qu'ils avaient à conserver leur langue sans le support d'une écriture.
Se livrant à des recherches plus profondes, il a créé pour le tsou un système de transcription phonétique, fondé sur l'alphabet latin et, de là, a cherché à en fixer la grammaire et la syntaxe, tandis qu'il a publié un dictionnaire bilingue tsou-allemand qui fait l'admiration.
L'oeuvre de ces quatre pères catholiques, chacun dans leur domaine particulier, a contribué à l'amélioration et au rapprochement des communautés dans l'île, en même temps qu'elle encourageait la promotion sociale. L'esprit d'initiative et le courage que les missionnaires ont déployés dans leurs actions au milieu des nombreuses difficultés rencontrées sont des exemples qui peuvent inspirer les Taïwanais.
Dans le cadre d'un plan d'urbanisation dans le quartier Tataocheng, autrefois celui des commerçants, la municipalité de Taïpei a entrepris la démolition de l'ancien marché du Cercle de Chiencheng, situé comme un îlot au milieu du rond-point à la jonction des avenues de Nankin et de Chungking.
Cet ancien marché avait une structure parfaitement circulaire et unique dans la capitale. Au milieu d'une place, l'édifice avait été construit il y a 93 ans sous l'occupation japonaise. D'une superficie de 1 722 m2, il avait finalement été converti en un centre de restauration fréquenté par les habitants du quartier et souvent visité par les touristes venus " faire une expérience ". Il ne disparaîtra pas complètement puisqu'un nouvel immeuble de deux étages, reconstruit à cinq mètres du nouveau carrefour, abritera un Centre de Gastronomie et de Culture, sans le même charme, se lamentent les habitués, mais gagnant en confort et modernisme.
Le Cercle de Chiencheng était un endroit pittoresque où on se rendait volontiers pour déguster une spécialité insulaire dans un cadre pittoresque et agréable. En raison de sa forme originale, les ouvertures multiples y maintenaient une fraîcheur fort appréciée des clients, surtout pendant la saison chaude.
A l'origine, les autorités japonaises avait conçu un petit parc sur le rond-point à l'intersection de quatre rues. Mais le lieu a vite été envahi par les marchands ambulants, qui, s'organisant, ont transformé la place en un marché de nuit. Durant la Seconde Guerre mondiale, le marché a été fermé pour devenir un château d'eau entouré d'abris anti-aériens.
Après la guerre, le marché s'est réorganisé, étendant même ses activités dans les rues adjacentes. Cependant, la ville se développant rapidement et la circulation s'intensifiant autour du rond-point, le Cercle de Chiencheng a peu à peu perdu de son attrait.
Sous le regard impatient de millions de cinéphiles chinois rivés devant leur poste de télévision et retenant leur souffle à l'annonce des résultats, les premiers oscars du XXIe siècle sont venus récompenser Ang Lee, le réalisateur taïwanais, pour son film Tigre et Dragon, lui décernant le prix du Meilleur Film en langue étrangère, tandis que trois de ses collaborateurs étaient aussi honorés pour leur participation à la même oeuvre, Tim Yip recevant le prix de la Meilleure Direction artistique, Peter Pau le prix de la Meilleure Photographie et Tan Dun celui de la Meilleure Bande originale de Film.
Premier film asiatique à obtenir autant d'oscars, Tigre et Dragon, inspiré du roman de Wang Dulu, Tigre, écrit entre les Deux Guerres, s'inscrit dans le plus pur style chinois des wuxiapian, aventures de héros chevaleresques pratiquant les arts martiaux. C'est une parfaite combinaison de la créativité taïwanaise, de la force de jeu des acteurs de l'ile, de Hongkong, de Malaisie et du continent, ainsi que de l'intrigue et des tableaux brossés dans le pur style chinois.
Les scènes de combats de Tigre et Dragon, exécutées à la manière d'une " chorégraphie ", ont aussitôt déclenché un enthousiasme du public, comme le montrent les critiques favorables et le succès auprès du public étranger, en particulier. Plusieurs prix sont venus récompenser les efforts de l'équipe, tels l'an dernier un Cheval d'or au Festival du film de Taïpei, puis cette année trois Globes d'or du cinéma américain, ainsi que les honneurs des Independence Spirits Awards ou encore la Meilleure Réalisation décernée par la Guilde des Réalisateurs d'Amérique, peu avant l'attribution des oscars hollywoodiens.
Ang Lee, né à Taïnan d'une famille modeste, a fait connaissance avec le septième art dès son plus jeune âge. A une époque où sa famille ne possédait pas de téléviseur, ses parents l'emmenait souvent au cinéma. Parti en 1978 aux Etats-Unis, il étudia le théâtre à l'Université de l'Illinois et ensuite la mise en scène cinématographique à l'université de New York.
Il décrit dans ses films le fossé qui sépare les générations de la société moderne chinoise, l'aînée bercée par les traditions, la nouvelle attirée par la modernité et l'occidentalisation. L'une de ses oeuvres Pushing Hands, obtient en 1991 le prix du Meilleur Film au Festival d'Asie-Pacifique et à celui de Taïpei. Ang Lee connaît en 1993 un autre succès avec Garçon d'honneur, remportant la meilleure réalisation au Festival de Seattle, le prix du jury à Deauville, un Ours d'or à Berlin et 3 Chevaux d'or à Taïpei pour s'illustrer l'année suivante avec les trois meilleurs prix--film, scénario et réalisation--décernés par les prestigieux Independence Spirits Awards, aux Etats-Unis.
Changeant de style, il aborde dans Salé, Sucré les liens sociaux chinois développés autour d'une bonne table, puis se tourne vers des scènes plus conventionnelles du cinéma occidental dans Raisons et Sentiments ou narre une épopée guerrière dans Tempête de Glace, pour lesquels il reçoit quelques lauriers.
Le choix de collaborateurs est sans doute un premier pas vers la réussite. Outre une distribution d'acteurs et d'actrices venant de Taïwan, Hongkong, Malaisie et Chine continentale, Ang Lee s'est associé dans Tigre et Dragon, avec de grands noms du cinéma hongkongais, comme, entre autres, Peter Pau et Tim Yip, ou encore le musicien continental Tan Dun, qui tous trois ont aussi contribué à la gloire de ce film.
Ce sont ses oeuvres antérieures qui ont inspiré Ang Lee à revenir avec éclat dans l'univers chinois. S'assurant de plus amples moyens, il conçoit le projet de tourner Tigre et Dragon avec une palette d'acteurs de renom et dans un cadre grandiose. Le film a tout de suite plu, particulièrement dans le monde occidental où il offre au public un divertissement qui sort des sentiers battus.
Trois proches collaborateurs d'Ang Lee--Peter Pau, Tim Yip et Tan Dun--sont aussi parvenus à la consécration.
Maître dans l'art de la photographie, Peter Pau a créé pour Tigre et Dragon des images d'actions et de décors authentiques à travers lesquels une esthétique s'est librement dégagée, offrant au public une vision méconnue du monde chinois.
Recevant son prix, Pau a tenu particulièrement à remercier le réalisateur, qui, par son caractère, a contribué pendant le tournage à la bonne entente au sein de l'équipe, montrant à tous le chemin qui a permis de gravir les marches de la tribune d'honneur. C'est cette harmonie que les oscars ont récompensée, a-t-il affirmé.
Dans Tigre et Dragon, Tim Yip a élaboré un style artistique auquel le public a été sensible, en particulier, dans le monde occidental. L'oscar de la Meilleure Direction artistique lui paraît un peu trop lourd à porter, s'est-il exclamé à la tribune de Los Angeles. Regardant l'oeuvre accomplie, il est sûr que c'est l'attention portée aux détails culturels, à la reconstitution d'un monde aujourd'hui disparu et à la fiction traditionnelle qui a convaincu le public.
La musique de Tigre et Dragon de Tan Dun s'intègre aux scènes simples et impétueuses. Accompagnant fidèlement l'action selon une mélodie originale, elle permet aux spectateurs de d'entrer dans l'esprit du film. Tan Dun a souhaité que la musique qu'il a composée, inspirée des harmonies chinoise et occidentale, offre au public un horizon ouvert à la rencontre des cultures.
L'île a aussi été heureuse de voir une réalisation et une production taïwanaise recueillir d'un coup quatre oscars. May Chin, une actrice qui a joué dans Garçon d'honneur sous la direction d'Ang Lee, un autre film internationalement primé, a déclaré que le réalisateur méritait certainement la consécration pour ce film d'action sur lequel il travaillait depuis près d'une dizaine d'années.
D'autres grands noms du cinéma insulaire, comme Lee Hsing, Chao Wen-hsuan, Gui Ah-lei, ont tous félicité Ang Lee, le tenant comme l'un des grands maîtres de la mise en scène de l'île.
Si le palmarès d'Hollywood a réjoui le monde entier, il subsistait une légère déception parmi les critiques et les nombreux cinéphiles de l'île qui auraient aimé voir l'oeuvre couronnée du prix du Meilleur Film. La moisson de prix, décernés peu avant à Tigre et Dragon par des jurys non moins prestigieux, tels que ceux des Independence Spirits Awards ou de la Guilde des Réalisateurs d'Amérique, leur faisait espérer l'oscar du meilleur film.
Par ailleurs, tous se sont félicités que le long métrage ait connu un succès tel en Amérique du Nord que ses recettes ont dépassé depuis sa sortie le seuil de 100 millions d'USD, le plaçant parmi les dix premiers films distribués en langue étrangère. Il faut voir dans cette réussite éclatante un encouragement réel pour les cinéastes taïwanais.
Tandis qu'à Los Angeles, Ang Lee montait sur scène pour recevoir le prix de la Meilleure Réalisation, de l'autre côté du Pacifique, à Taïwan, sa famille, ses amis et les cinéphiles insulaires se réjouissaient de l'honneur conféré au réalisateur taïwanais.
Réunis pour cette occasion exceptionnelle dans la maison familiale à Taïnan, dans le sud de l'île, pour suivre en direct la cérémonie de remise des oscars, ses parents, ses frère et soeurs ont exprimé la joie profonde qui les a saisis à ce moment-là, même s'ils comptaient un peu sur une récompense, Ang Lee ayant été présenté depuis longtemps parmi les favoris.
Comme ce film avait été primé plusieurs fois, son père, M. Lee Sheng, s'attendait par instinct à ce que son fils gagne encore quelques lauriers, assurant qu'il était comblé par cette apothéose. Sa mère qui, depuis les tout premiers débuts de son fils, lorsqu'il travaillait encore dans l'obscurité, lui a toujours fait confiance, s'est écriée en ne contenant plus sa joie: " Ang Lee s'est donné corps et âme à l'art cinématographique, et, en réalisant ce film, il a puissamment contribué au cinéma taïwanais. "
Frère d'Ang Lee, Khan Lee, qui est réalisateur de films pour une audience plus réduite, a également manifesté sa joie, indiquant qu'il voyait dans l'attribution de ces trophées un encouragement pour les cinéastes insulaires, et en même temps un modèle de persévérance qui montre qu'il faut toujours se dépasser. Plus introspectif, Khan Lee ressent la réussite de son frère aîné comme un coup de fouet qui lui permettra de reprendre pleinement son activité pour ne pas " devenir trop médiocre ".
Sa soeur Lee Wen, chef-comptable, a exulté devant le succès de son frère cadet, indiquant que, dans le fond de ses oeuvres, Ang Lee s'était souvent inspiré des rapports étroits qui existent entre les membres de leur propre famille, des liens auxquels il demeure profondément attaché. En fait, a-t-elle confié, Ang Lee a placé sous son auréole tous les siens, lesquels demeurent bien sûr pour lui le plus solide et le plus fidèle soutien.
Mettant fin à plusieurs mois d'incertitude, la commission de la culture et de l'éducation du Yuan législatif vient de débloquer le budget du Musée national du Palais (MNP) consacré aux achats d'oeuvres d'art, après que la direction du MNP a annoncé la révision de ses procédures d'acquisition, à l'origine d'une vive polémique à la fin de l'année dernière.
L'authenticité ou la qualité d'oeuvres entrées récemment dans les collections du musée ayant été remises en cause, le Yuan législatif avait alors décidé de geler provisoirement une partie des budgets du MNP, le temps qu'une enquête soit menée (voir Les Echos de la RDC du 21 décembre 2000, p.2).
Cette fois-ci, plusieurs députés sont intervenus en faveur du musée, soulignant que l'expertise des oeuvres controversées ne relevait pas de la compétence des membres du Yuan législatif et qu'il était préférable, en l'occurrence, de laisser agir les spécialistes, en fonction de leurs propres critères.
Souhaitant qu'il soit fait davantage preuve de respect à l'égard de l'institution qu'il dirige et du professionnalisme de ses collaborateurs, le conservateur du MNP, M. Tu Cheng-sheng a présenté les lignes d'une nouvelle politique d'acquisition. Plus stricte, celle-ci impose désormais au comité d'experts en charge de l'examen de se prononcer à l'unanimité sur l'authenticité et la qualité des oeuvres qui lui sont soumises.
Le conservateur du MNP a également promis que les futures procédures feraient l'objet d'une transparence totale, proposant aux deputés d'en assurer un contrôle plus étroit. Il a précisé aussi que le poste budgétaire qui vient d'être débloqué serait alloué à la nouvelle fondation en charge du développement des arts et de la protection des reliques culturelles placée sous tutelle du MNP. Quant aux résultats de l'enquête sur l'authenticité des objets à l'origine de la controverse, ils seront rendus publics dans un délai de six mois, a indiqué M. Tu Cheng-sheng.