Invité par l'Association bouddhique de la République de Chine, le dalaï-lama a récemment effectué une visite d'une dizaine de jours dans l'île. Ce voyage a été entrepris à titre religieux, dans le but d'" encourager la vie spirituelle à Taïwan et de promouvoir la culture tibétaine traditionnelle ", a indiqué le gouvernement ici.
Les visites du leader spirituel tibétain ne passent jamais inaperçues et font toujours l'objet d'abondants commentaires. Lauréat du Prix Nobel de la Paix, exilé en Inde depuis une quarantaine d'années, le dirigeant religieux est internationalement reconnu comme une des grandes figures de la paix et la démocratie.
A l'occasion de son passage, il a reproché une fois de plus à Pékin son intransigeance, appelant ses dirigeants à chercher avec lui une solution mutuellement acceptable, afin de trouver une résolution pacifique à la question tibétaine. Il s'est d'ailleurs engagé à se retirer de toute activité politique si son idéal de démocratie pour le Tibet pouvait être réalisé.
Ce voyage n'était pas le premier effectué ici par le leader tibétain, qui était déjà venu en 1997. Ayant alors été impressionné par l'intérêt porté ici au bouddhisme tibétain, il s'était promis de revenir pour prêcher. C'est ce qu'il a fait cette fois-ci, en ponctuant son séjour de conférences religieuses.
Outre les enseignements sur le sens des sutras bouddhiques et les rencontres avec les fidèles, le leader spirituel tibétain a également pu s'entretenir avec des responsables et des personnalités politiques de tous bords, tels que, entre autres, Mme Annette Lu, la vice-présidente de la République, M. Lee Teng-hui, l'ancien chef de l'Etat, M. Lien Chan, le président du Kuomintang. C'est néanmoins son entrevue avec M. Chen Shui-bian, le président de la République, qui a davantage attiré l'attention.
La promotion de la démocratie, des libertés et de la paix dans le cadre de relations difficiles avec la Chine continentale a été l'objet principal de ces conversations. Le chef de l'Etat a dit qu'il admirait la ténacité du dalaï-lama et, notamment, son refus constant de céder aux pressions de Pékin qui veut lui faire reconnaître " Taïwan comme une province de la Chine continentale " en préalable à tout dialogue sur la question du Tibet.
" Je suis heureux de voir que vous partagez ma position selon laquelle il revient aux Taïwanais de décider de leur propre sort ", s'est félicité M. Chen Shui-bian qui a confié à son interlocuteur qu'il le considérait comme un modèle personnel. Selon M. Chen Shui-bian, le dalaï-lama a su déployer d'infinis talents depuis cinquante ans dans la recherche d'une solution démocratique pour le Tibet, en dépit de l'extrême difficulté de sa situation d'exilé en Inde.
Le leader spirituel tibétain, affirmant s'être engagé depuis longtemps déjà dans une voie politique du milieu, malgré les critiques du gouvernement tibétain en exil et la méfiance de Pékin, est convaincu que la sagesse et la compassion permettront de surmonter tous les obstacles, quels qu'ils soient. Il a également loué les efforts de M. Chen Shui-bian pour préserver la sécurité et les intérêts de l'île.
Peu de surprises durant les primaires du Parti démocrate- progressiste (PDP) qui se sont déroulées le 1er avril, dans la perspective des échéances législatives, municipales et de hsien de décembre prochain.
Malgré la transparence et le rééquilibrage que les instances dirigeantes se sont efforcées d'imprimer au scrutin, les rumeurs de manipulation de votes dans plusieurs sections locales, notamment dans le sud de l'île, ont rappelé que certaines pratiques regrettables se perpétueraient tant que le parti n'y mettrait pas un terme définitif.
En outre, la vivacité des factions qui composent le PDP a été réaffirmée une fois encore, puisque les candidats qui se présentaient sans le soutien de l'une d'entre elles n'avaient quasiment aucune chance de succès.
La mouvance à laquelle appartiennent le secrétaire général du Yuan exécutif, M. Chiou I-jen, et le secrétaire général du PDP, M. Wu Nai-jen, connue sous le nom de Nouvelle Vague, est celle qui a le plus profité du scrutin, en remportant six investitures pour les élections municipales et de hsien. Autre composante majeure du PDP, l'Alliance de Justice, menée par le président de la République, M. Chen Shui-bian, est sortie elle aussi renforcée de ces primaires.
Plusieurs proches du chef de l'Etat ont ainsi été sélectionnés pour porter les couleurs du PDP. M. Luo Wen-jia, ancien vice-président de la Commission d'Etat de la Culture, visera donc la députation dans la circonscription de Taïpei-Nord, tandis que Mme Hsiao Bi- khim, une ancienne responsable du PDP, se présentera en première position sur la liste des députés d'outre-mer hors circonscription, avec, dans de telles conditions, une victoire assurée.
Seule surprise peut-être, l'échec de M. You Ying-lung, ancien vice- président de la Commission d'Etat de la Recherche, du Développement et de l'Evaluation, qui a dû finalement s'incliner dans la circonscription de Hualien devant M. Lu Bo-chi, un conseiller du hsien.
C'est un total de 122 candidats aux législatives qui ont été choisis par les membres du PDP, parmi lesquels 31 brigueront un siège de député hors circonscription (leur désignation n'a pas lieu au suffrage universel comme leurs autres collègues, mais à la proportionnelle, sur une liste établie à l'avance, en fonction des scores obtenus par le parti au niveau national).
Quinze autres candidats ont été investis dans le cadre des élections municipales et de hsien qui se dérouleront en même temps que les législatives. Plus de 70% des 190 000 membres du PDP qui avaient le droit de participer à ces primaires ont exprimé leur suffrage.
Après le mauvais score de son candidat durant le scrutin présidentiel de l'année dernière et les profondes remises en cause qui ont suivi, le Kuomintang (KMT) s'est engagé dans un mouvement de réforme structurel qu'il entend accélérer à mesure qu'approchent les législatives de décembre.
Cela a d'abord été la révision des listes de membres et leur réenregistrement. Le parti compte désormais 900 000 adhérents, alors qu'il en annonçait plus de deux millions jusqu'à l'année dernière. L'étape suivante a été la désignation du président du KMT lors d'un scrutin pour la première fois ouvert à tous les membres.
M. Lien Chan, plébiscité, a été reconduit le 25 mars à la tête de la formation avec 97% des voix, tandis qu'il se présentait sans rival à sa propre succession.
" Ce n'est pas le moment de célébrer notre nouveau succès démocratique, car il nous reste encore beaucoup à faire et d'autres réformes à mettre en oeuvre ", s'est-il exclamé à l'annonce des résultats.
A l'occasion de ce scrutin, sans précédent dans l'histoire du KMT, environ deux militants sur trois s'étaient déplacés afin d'exprimer leur suffrage, un taux de participation qui a satisfait la direction du KMT, laquelle s'attendait apparemment à une mobilisation moindre.
Seule note négative semble-t-il, l'absence remarquée de M. Lee Teng-hui, l'ancien chef de l'Etat et le prédécesseur de M. Lien Chan aux commandes du KMT, qui n'a pas jugé nécessaire de se déplacer pour glisser son bulletin dans l'urne. Répondant à ce sujet aux journalistes le jour du vote, il a affirmé n'avoir " pas le temps ", préférant visiblement consacrer son dimanche à son activité favorite, le golf.
Le même jour, les militants du KMT ont aussi choisi les délégués qui les représenteront lors du Congrès national du parti au mois d'août, le premier depuis la défaite électorale de mars 2000, lorsque la formation au pouvoir pendant plus de 70 ans a vu la présidence de la République lui échapper au profit du Parti démocrate-progressiste.
Le 26 mars, une autre étape importante a été franchie sur la voie des réformes internes avec le transfert à des organes de gestion indépendants d'une première tranche de l'immense patrimoine du KMT. C'est dans un souci de transparence que deux milliards de TWD--1,3 milliard de TWD en liquidités et 600 millions en bons du Trésor américain--ont été confiés à la gestion de Chinatrust Commercial Bank et de Central Trust of China.
La seconde phase de l'opération, prévue dans un temps prochain, portera sur 8,7 milliards de TWD en patrimoine immobilier, tandis que la dernière phase visera à assurer le transfert du contrôle exercé par le KMT sur des centaines d'entreprises dont la valeur cumulée atteindrait 60 à 70 milliards de TWD.