Le président burkinabè, M. Blaise Compaoré, accompagné de son épouse et d'une délé-gation, a effectué au milieu du mois de mars une visite officielle de six jours en République de Chine. Il s'agissait de la quatrième depuis que les deux pays ont rétabli des relations diplomatiques en 1994, après une longue interruption de 21 ans.
Grand ami de la République de Chine, M. Compaoré est souvent intervenu en faveur de Taïwan sur la scène internationale. Cette fois-ci encore, il a à plusieurs reprises renouvelé son soutien à la candidature de l'île aux Nations unies et aux organisations qui leur sont affiliées.
Dans un communiqué officiel, il a fait part aussi de toute sa gratitude, ainsi que de celle de ses concitoyens, pour l'assistance technique et agricole que Taïwan apporte depuis plusieurs années au Burkina Faso.
Le président de la République, M. Chen Shui-bian, qui a rencontré M. Compaoré l'été dernier lors d'un voyage au Burkina, s'est joint à son invité pour exprimer sa satisfaction concernant l'étendue de la coopération entre les deux pays, promettant de la renforcer à l'avenir.
Dans le même communiqué, les deux hommes ont exprimé leur inquiétude à propos de l'évolution de la situation politique sur le continent africain, notamment en raison des conflits qui y sont récemment apparus. Un autre sujet de préoccupation a été l'impact jugé parfois négatif de la mondialisation sur l'économie des pays en voie de développement.
Arrivé dans l'île le 15 mars, le président burkinabè a été reçu à Kaohsiung, la ville portuaire du sud ayant été choisie pour la première fois pour accueillir un chef d'Etat étranger afin de montrer la volonté du gouvernement de promouvoir un développement équilibré entre les différentes parties de l'île.
Deux jours plus tard, une rencontre avec des hommes d'affaires a permis à M. Compaoré de présenter les possibilités d'investissement au Burkina Faso. Une délégation commerciale forte d'une cinquantaine d'entrepreneurs taïwanais devrait d'ailleurs s'y rendre prochainement afin de mieux se rendre compte de la situation sur place.
Des entretiens avec le Premier ministre, des membres du gouvernement et du Yuan législatif ont rythmé ce séjour marqué, notamment, par une visite à l'Institut de Technologie Ya Tung. A cette occasion M. Compaoré a souhaité une intensification des échanges entre son pays et Taïwan dans le domaine de la technologie des textiles et de la production de coton.
Le groupe taïwanais Far Eastern auquel appartient l'institut Ya Tung est l'un des grands acheteurs de coton burkinabè qui constitue l'une des principales exportations du Burkina Faso.
M. Compaoré et son entourage ont quitté l'île le 20 mars, après une cérémonie officielle offerte en leur honneur par M. Chen Shui- bian.
Malgré les distances qui les séparent, la République de Chine et Haïti entretiennent une amitié de longue date. Des liens diplomatiques ont permis de sceller une coopération dynamique marquée par le renouvellement de plusieurs accords fondés sur l'expérience et les besoins respectifs des deux partenaires. Une certaine complémentarité s'est établie entre la République de Chine à Taïwan, qui est parvenue à se hisser parmi les vingt premières puissances économiques du monde et désire aujourd'hui concourir au développement des autres pays, et Haïti, qui cherche à sortir d'une difficile situation économique et sociale en tentant d'éliminer la pauvreté.
Enrichie et forte de son expérience acquise grâce à une aide extérieure et aux efforts conjugués de sa population, Taïwan désire aujourd'hui en faire bénéficier ceux qui en ont besoin. Haïti, qui, pour des raisons historiques et politiques, n'a pas connu les mêmes chances, est restée en queue de peloton des pays en voie de développement. Ainsi, les habitants d'Haïti dépendent essentiellement pour survivre de l'agriculture, un secteur qui a longtemps été négligé; près de 80% d'entre eux vivent actuellement au-dessous du seuil de pauvreté.
Afin de soutenir son aide à l'étranger, Taïwan a créé un Fonds pour le Développement et la Coopération internationale (ICDF) qui se propose d'apporter aux pays qui en ont besoin une aide financière, technique et sociale. Dans l'assistance apportée à Haïti, l'accent a été mis sur la coopération agricole avec l'envoi d'équipes de techniciens et l'établissement d'un centre expérimental pour la production de riz et d'un autre pour le développement de la culture du bambou. Parmi les autres projets de l'ICDF, une aide financière subventionnera un organisme haïtien de prêts commerciaux aux petites entreprises, ainsi que la construction de deux réseaux de distribution d'eau, l'un dans la capitale Port-au- Prince, l'autre à Jacmel, une ville sur la côte sud, qui alimenteront bientôt en eau potable les citadins; dans le domaine social, un programme de formation technique à l'artisanat a été lancé pour les femmes.
Forte de son expérience qui a débuté par une réforme agraire réussie, Taïwan a trouvé naturel d'en partager les fruits avec Haïti en participant à son développement agricole, première étape du progrès économique. La coopération entre les deux Etats a commencé en 1972 lorsque Taïpei a envoyé des équipes de techniciens. La mission ayant pleinement contribué à la réalisation des objectifs qui avaient été fixés, les autorités haïtiennes ont demandé que cette initiative se poursuive.
Avant le coup d'Etat de 1986 à Port-au-Prince, les deux Etats avaient signé six accords de coopération, principalement centrés sur la culture du riz, et aussi sur celle de plantes vivrières, comme le soja. En 1995, Port-au-Prince a demandé à nouveau à Taïpei de reprendre cette assistance, qu'un accord conclu l'année suivante a concrétisé avec notamment l'arrivée à Haïti d'une équipe de techniciens qui composent actuellement la Mission technique agricole en Haïti.
Désireuse d'apporter davantage, Taïwan a envoyé du 6 au 14 janvier une délégation, conduite par le président de la Commission d'Etat de l'Agriculture (COA), M. Chen Hsi-huang, pour prendre connaissance sur place des problèmes que connaît le secteur agricole de cet allié antillais et mettre en place avec lui les moyens nécessaires à une coopération encore plus étroite entre les deux pays.
Accompagnée tout au long de sa visite à travers Haïti par le ministre de l'Agriculture haïtien, la délégation taïwanaise a parcouru la Plaine du Cul-de-Sac, à l'est de Port-au-Prince, puis la Plaine-Vallée de l'Aribonite, au centre, pour atteindre Cap- Haïtien, sur la côte nord. Durant ce périple de 750 kilomètres, elle a visité les cultures maraîchères, les plantations de papayes et les rizières exploitées avec l'assistance des techniciens taïwanais, ainsi que les ateliers d'artisanat du bambou auxquels ils apportent leur aide.
Puisque la population dépend essentiellement de l'agriculture, qui malheureusement ne parvient pas encore à la nourrir, Haïti doit déployer de gros efforts dans ce domaine. S'attaquant directement à ce problème, Taïwan, grâce à son expérience dans le domaine de la riziculture, a contribué à l'augmentation de la production de riz à Haïti, qui, malgré des progrès considérables, reste encore en deçà des besoins de la population.
Actuellement, l'ensemble des rizières d'Haïti, environ 47 700 ha, ne fournit que 1,5 t à 2 t de riz par ha. En 1996, la production a seulement atteint 117 000 tonnes, contraignant le gouvernement à recourir à des importations, dont la valeur, avec d'autres denrées alimentaires, a atteint environ 200 millions d'USD, ce qui a constitué un énorme fardeau financier pour le pays.
Constatant la faiblesse des taux de rendement des rizières, Taïwan, experte de la riziculture, a mis l'accent sur l'accroissement rapide de cette production en introduisant une sélection des grains de grande qualité et à haut rendement, d'une part, et en initiant les ouvriers rizicoles à des techniques nouvelles de culture, d'autre part. C'est là, semble-t-il, une direction vers laquelle Haïti devrait accentuer ses efforts pour parvenir à l'autosuffisance et, par voie de conséquence, à une plus grande indépendance économique.
En parallèle, des efforts doivent être déployés au niveau de la gestion des ressources en choisissant une exploitation planifiée plus en rapport avec les besoins du pays. Avec le concours de Taïwan, Port-au-Prince pourrait privilégier les cultures vivrières où serait pratiquée une sélection des plantes qui conviennent le mieux à la nature des sols -- y compris sur les terres plus médiocres d'origine calcaire et alcaline --, traiter les produits récoltés, par le biais de procédés modernes de conditionnement, permettant de leur ajouter une plus-value, ou encore cultiver de façon extensive certaines espèces, comme les primeurs, dont la production accrue serait exportée vers de nouveaux débouchés, notamment les Etats-Unis.
Dans le cadre de la campagne nationale de reboisement, Taïwan a initié en 1999 un projet de développement de la culture du bambou, une plante qui, en raison de ses longues racines, aide à combattre efficacement la grave érosion des sols, notamment sur les collines cultivées à outrance.
Pour revaloriser les terres cultivées, Haïti aura en outre besoin d'un réseau national d'irrigation adapté à sa situation géographique et climatique. Par exemple, dans la région du nord- est, près de 60 000 hectares qui ne sont pas cultivés pourraient l'être grâce à une irrigation continue indispensable qui compenserait les faibles précipitations annuelles, de l'ordre de 700 mm à 1 000 mm.
L'utilisation efficace des vingt-cinq retenues d'eau actuelles, un nombre qui, selon le gouvernement haïtien, sera doublé dans un avenir proche, ainsi que celle des nappes phréatiques, contribue à améliorer l'état général de la situation. A plus long terme, un plan de construction de barrages couplés aux réseaux de canaux servant à l'irrigation permettrait d'assurer un arrosage général des terres arables. Ainsi, dans la Plaine de l'Aribonite, la surface des rizières peut être sensiblement accrue au moyen d'une irrigation contrôlée.
La situation maritime d'Haïti est idéale pour un développement futur de l'aquiculture et de la pêche, ainsi que des industries qui en dépendent. Doté d'un financement important, un plan à long terme, auquel la République de Chine propose d'apporter son concours, favorisera la création des infrastructures indispensables. Dans un premier temps, Taïwan pourrait créer dans la Plaine de l'Aribonite, qui dispose d'abondantes ressources en eau douce, un centre expérimental aquicole en eau douce afin de promouvoir cette activité économique.
Dans la région du nord-est, aux ressources d'eau douce plus modestes, l'exploitation aquicole en eau de mer serait une alternative intéressante. Toutefois, en raison des aspects techniques dus à la marée, à la situation géographique et à un plus grand besoin en énergie, des investissements plus importants pourraient s'avérer nécessaires en termes d'infrastructures, d'équipements et de transports.
Quant à la pêche, il s'agit de la promouvoir en rénovant les installations portuaires, en modernisant les équipements halieutiques et en développant la pêche hauturière, tout en augmentant la taille de la flotte. Forte de sa grande expérience dans ce domaine, Taïwan peut là encore apporter une aide technique utile.
Si Haïti dispose d'une main-d'oeuvre abondante, celle-ci manque malheureusement de qualifications professionnelles. La former aux nouvelles techniques est une préoccupation majeure du gouvernement haïtien, et là encore un domaine où Taïwan espère poursuivre sa collaboration en multipliant la création de centres de formation spécialisés. Les Taïwanais ont, par exemple, installé à Marmelade un centre de formation artisanale où sont inscrits à présent une quinzaine de stagiaires. Ces initiatives auront, en facilitant la création d'emplois, d'heureuses retombées sur l'économie haïtienne.
Au cours de son développement agricole, Taïpei avait resserré les rapports entre les pouvoirs publics et les habitants, un mouvement qui a puissamment contribué à l'accélération de la croissance économique de l'île. Pour résoudre les problèmes du même ordre auxquels sont confrontées les autorités haïtiennes, Taïpei a suggéré une formule similaire à Port-au-Prince. La restructuration des associations paysannes rendrait plus aisée la concertation avec les dirigeants et faciliterait la mise en commun des ressources agricoles. Dans le même temps, ces organismes pourraient servir de relais naturels de l'information entre les autorités et les habitants.
Après la visite récente de sa délégation, Taïpei a proposé à son partenaire de renforcer la coopération au niveau agricole et de l'intégrer aux efforts fournis sur le plan national, notamment au niveau des infrastructures.