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Réaffirmant son engagement en faveur d'une politique modérée à l'égard de la Chine continentale, le président de la République, M. Chen Shui-bian, a déclaré qu'au vu des divisions qui existaient à Taïwan sur la façon de traiter la question des relations entre les deux rives, il était préférable d'opter pour une voie du juste milieu.
Recevant le 19 mars une délégation américaine en visite à Taïpei à l'occasion d'une conférence sur les défis qu'aura à relever la région Asie-Pacifique, il a rappelé qu'il s'était efforcé depuis son élection, il y a un an, d'agir avec prudence et retenue dans le domaine des relations avec la Chine continentale, sans sacrifier les intérêts de ses concitoyens et de la sécurité nationale.
" Tout en insistant sur nos idéaux et notre position, nous sommes prêts à faire face à la réalité avec pragmatisme, a-t-il répété à ses invités américains. Nous sommes disposés à trouver un compromis, à condition que nos principes fondamentaux ne soient pas remis en cause. "
Néanmoins, cette disposition en faveur de l'ouverture, a-t-il continué, ne se retrouve pas dans les rangs des forces qui s'opposent ici, qu'elles soient pro-indépendantistes ou en faveur de la réunification avec la Chine continentale. M. Chen Shui-bian a donc expliqué qu'un consensus au niveau national paraissait, pour le moment, un objectif difficile à atteindre, mais qu'en dépit des différences idéologiques persistantes au sein de la population, il adopterait lui-même une attitude positive, afin de favoriser la paix, la sécurité et un équilibre dans le détroit de Taïwan.
Il est également conscient de la sensibilité des liens triangulaires qui existent entre Taïpei, Washington et Pékin et de leur délicate évolution cette année, tandis qu'ils traverseront une " période critique ". Il estime que la situation dans la région semble toujours incertaine, parce que la Chine continentale refuse de l'éclaircir alors qu'elle en a les moyens. " Si Pékin persiste à ne pas vouloir engager le dialogue avec nous, alors nos efforts auront été sans raison ", a-t-il ajouté.
M. Chen Shui-bian s'est également entretenu, avec ses invités américains, des grandes orientations politiques que choisira de prendre la nouvelle administration américaine dans ses relations futures avec Pékin, ainsi que de l'avenir de la candidature de Taïwan à l'Organisation mondiale du Commerce, dont l'adhésion est normalement attendue avant la fin de l'année.
Des secteurs entiers de l'économie insulaire ont été attirés par le vaste marché continental, dans la foulée d'un mouvement de délocalisation qui a vu de nombreuses entreprises insulaires s'implanter en Chine continentale. A cet " accès de fièvre ", les établissements hospitaliers de Taïwan n'ont pas échappé, et l'Association non gouvernementale des Hôpitaux et Cliniques de la République de Chine (NGHCA) a dépêché fin mars une mission d'exploration sur l'autre rive du détroit de Taïwan. Comprenant 40 membres, elle s'est rendue à Pékin, Shanghai et Chengdu, dans le Sichuan. Là-bas, le développement économique en pleine croissance avec un pouvoir d'achat en progression rapide font qu'au niveau de la santé, les agglomérations côtières ont un besoin urgent de services médicaux, ressemblant en cela à la situation de Taïwan il y a 20 ans. Des difficultés profondes existent, tant du point de vue des habitudes et des mentalités qu'au niveau des fondements du système médical continental. Elles pourraient être difficiles à surmonter, affirment certains experts qui rappellent qu'une mission similaire avait exploré le terrain sans grands résultats il y a sept ans. Pour le moment, seul l'Hôpital mémorial Chang Gung, appartenant au groupe Formosa Plastics, projette d'établir en Chine continentale une fondation au capital de 1,5 milliard de TWD et d'y construire un établissement hospitalier. Son succès éventuel pourrait inciter ses rivaux insulaires à pénétrer eux aussi le marché continental.
Alors qu'approche la date de l'anniversaire de Matsu, les voyages de pèlerinage se multiplient pour rendre hommage à cette divinité très populaire dans l'île. Matsu, la déesse de la mer, est vénérée par les marins comme leur protectrice mais aussi par les colons qui s'installaient à Taïwan après une traversée en mer parfois difficile. Leurs descendants, les Taïwanais d'aujourd'hui, ont perpétué le culte avec ferveur. Cette année, pour la première fois depuis un demi-siècle, ce sont des statues provenant il y a 300 ans du temple de Tien Hou, à Meizhou, sur le continent, qui ont effectué la traversée directe du détroit de Taïwan dans l'autre sens afin de retourner un bref moment sur leur lieu d'origine. Elles ont été accompagnées par 190 fidèles pour ce voyage qui les a menées, à partir du 19 mars, de l'île de Kinmen, située près du littoral continental mais placée sous la juridiction de Taïpei, à Meizhou, haut sanctuaire de Matsu, près de Fuzhou en passant par Xiamen. Les trois statues sacrées avaient été données il y a trois siècles pour être installées à Kinmen dans un nouveau temple dédié à la divinité protectrice. Ce retour des statues sur leur lieu d'origine est interprété par les fidèles comme un symbole de paix entre les deux rives du Détroit. Il s'agissait là du septième voyage Kinmen-Meizhou effectué directement par un groupe de personnes, pélerins ou autres, depuis l'ouverture en janvier des mini-liaisons entre les deux avant-postes de la République de Chine que sont Kinmen et Matsu et les ports continentaux les plus proches de Xiamen et Fuzhou.