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Alors qu'il occupait la mairie de Taïpei, M. Chen Shui-bian, avant d'être élu à la présidence de la République, avait présenté ses nombreux voyages effectués à l'étranger comme un moyen efficace de relever le profil international de la capitale et, du même coup, de Taïwan. Son successeur à l'hôtel de ville, M. Ma Ying-jeou, l'un des chefs de file de l'opposition au chef de l'Etat, entend poursuivre cette forme de diplomatie de ville à ville en l'orientant toujours vers le monde, mais aussi et surtout vers la Chine continentale. Ayant tout juste accompli une visite officielle à Hongkong, aujourd'hui une région sous administration spéciale de Pékin, le maire de Taïpei a envoyé à Shanghai l'un de ses adjoints, M. Pai Hsiu-hsiung, pour y conduire les 27 et 28 février une série d'échanges dans le cadre d'un forum réunissant les deux cités. Il s'agissait du premier contact formel entre les administrations des deux métropoles chinoises. Etant donnée la situation politique dans le détroit de Taïwan et l'hostilité sans cesse renouvelée des autorités de Pékin à l'égard de l'île, ce genre de visite, même effectuée à titre privé ou au nom d'institutions locales, tend à gêner les autorités insulaires. Aussi, la Commission d'Etat des Affaires continentales (MAC), en charge ici de la politique continentale, ne les autorise-t-elle qu'à certaines conditions. Avant le départ de l'adjoint au maire de Taïpei, la MAC a rappelé quelques-unes des limites qu'il était nécessaire de ne pas dépasser dans le cadre de ces contacts.
En prônant la réunification avec la Chine continentale dans un cadre démocratique, le Conseil pour la Réunification nationale fixait le 23 février 1991 les lignes directrices de la politique continentale de Taïpei. A l'occasion du dixième anniversaire de leur formulation, le débat a été relancé sur leur révision éventuelle ou leur maintien, alors qu'elles servent toujours de fondements à la politique menée à l'égard de l'autre rive du détroit de Taïwan.
Dans un communiqué publié le 22 février, la veille de la date anniversaire, le gouvernement a en effet jugé que les principes de cette politique avaient été dressés dans un contexte historique particulier et que leur rôle devait être revu, même s'il n'était pas question de les annuler pour le moment.
La situation politique de ce côté-ci du Détroit a en effet évolué. L'année dernière, les Taïwanais ont porté au pouvoir un nouveau président de la République, M. Chen Shui-bian, issu du Parti démocrate-progressiste (PDP), une formation qui ne s'est pas, dès le départ, associée à la rédaction des Lignes directrices concernant la Réunification nationale et qui continue de les rejeter.
Essayant de renouer le dialogue avec une Chine continentale toujours aussi hostile, le chef de l'Etat préfère donc évoquer l'idée d'une " intégration " de Taïwan et de la Chine continentale, qui, réalisée dans le cadre de la Constitution de la République de Chine, pourrait prendre la forme d'une fédération, d'une confédération ou d'une union sur le modèle européen.
Dans les rangs de l'opposition au président de la République, où l'on juge que la politique continentale de l'actuel gouvernement manque de direction et est marquée par l'ambiguïté, on ne veut pas entendre parler de changement. Le Kuomintang, qui a formulé les lignes directrices lorsqu'il était au pouvoir, considère qu'il faut, au contraire, en retrouver l'esprit de 1991, afin de favoriser la reprise, au plus vite, du dialogue avec les autorités continentales.
Répondant aux critiques, le Premier ministre, qui a réitéré la nécessité d'adapter les lignes directrices, a reconnu le 25 février qu'elles constituaient aussi une référence importante, admettant par ailleurs qu'il n'y avait pas d'urgence pour agir.