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L'hiver à Hsinyi, une petite ville du centre de l'île, peut se décrire comme tout blanc, bien qu'il n'y neige pas. Dans la campagne environnante, les pruniers se couvrent de milliers de fleurs blanches qui s'épanouissent en décembre et en janvier, créant l'impression d'un immense manteau de neige. Durant la saison fraîche, dans le ciel clair, le soleil luit au-dessus des montagnes de la Chaîne centrale, hâtant la floraison des pruniers, qui est d'autant plus appréciée par les Chinois que cette fleur à cinq pétales est un symbole national.
Hsinyi, la plus étendue des communes de Taïwan est surnommée le " Verger des pruniers ", sans doute pour le grand nombre d'arbres de cette espèce qui y ont été plantés. Les botanistes font remarquer à juste titre que le prunier ne poussait pas à l'origine dans l'île et qu'il y fut introduit sous les Ming (1368-1644) par les colons venus du continent.
Sur le territoire de la commune, c'est à Fengkueitou qu'on peut admirer en hiver le paysage où ces fleurs s'épanouissent sur plus de 1 500 hectares. A la " belle " saison, les collines se couvrent d'un immense tapis de pétales blancs, tandis que les chemins sont alors recouverts de la voûte blanche des branches des arbres qui les bordent.
Apprécier les fleurs de prunier par une nuit claire est un autre plaisir. A Fengkueitou, on aime se promener lors de la pleine floraison et s'attarder longuement le soir venu, même si la température nocturne est fraîche. Comme il pleut rarement l'hiver, c'est un moment idéal pour flâner au milieu du parfum qui embaume l'air et peut inspirer le visiteur, comme autrefois les poètes chinois.
Les poètes Chang Wei, sous la dynastie Tang (618-907), et Chiang Kuei, sous la dynastie Song (979-1279), ont chanté la beauté des fleurs de prunier se reflétant dans les étangs sous le clair de lune.
A Hsinyi, la culture du prunier est l'activité principale de ses 18 000 habitants, dont plus de la moitié sont des Bunun, une tribu aborigène, et le reste des Hakka, une communauté chinoise distincte. Leurs vergers se mélangent à perte de vue sur les collines environnantes.
Aujourd'hui, à Fengkueitou, presque toutes les familles confectionnent quelque chose à partir de ce fruit. Toutefois, depuis six ans, beaucoup ont déplacé leurs petites fabriques dans la grande plaine occidentale de l'île, où sont assurées la transformation et la commercialisation des produits de leurs vergers.
Selon M. Chen Wen-chu, fruiticuleur en retraite, on a commencé à planter des pruniers dans la région il y a une cinquantaine d'années. Par exemple, dit-il, au village de Tsuchiang, les quelque 80 familles possèdent toutes un verger. Aussi est-il parfois difficile d'imaginer que, sous l'occupation japonaise, de 1895 à 1945, la principale ressource des habitants de Hsinyi était la banane.
Pourtant, il rappelle qu'en dialecte taïwanais, le terme fengkueitou fait allusion au lieu accidenté où les paysans faisaient une pause pour souffler un peu, tandis qu'ils transportaient jusqu'au pied des collines d'énormes fardeaux de bananes.
Pour développer le tourisme dans cette région et faire de Fengkueitou un site de loisirs attractif, la Commission d'Etat de l'Agriculture, l'administration du hsien de Nantou, et l'association des fruiticulteurs de Hsinyi ont déployé beaucoup d'efforts.
Chaque année, une foule de visiteurs venant des villes envahissent les collines jonchées de fleurs de Hsinyi pour en admirer la beauté naturelle, tandis que sont organisées des activités de loisirs.
Cette année, le 19 janvier, en pleine saison des pruniers en fleurs, une fête sous l'égide d'organismes publics a permis de se divertir sous les arbres fleuris en jouant aux échecs, en rivalisant d'art et de talent sur une cithare ou avec un appareil-photo, en récitant des poèmes, en écoutant de la musique folklorique, en peignant de merveilleux paysages d'arbres en fleurs, en savourant des recettes aborigènes locales ou, pour les plus petits, en chantant des comptines.
Près de l'hôtel de Hsinyi, se tient un prunier taillé en forme de dragon, devant lequel on aime se faire photographier en souvenir de sa visite. Cet arbre, âgé de 50 ans, a été transplanté là il y a huit ans par M. Wang Chia-man, le propriétaire de l'hôtel, après avoir été déraciné par un typhon.
" Outre qu'il ressemble à l'animal mythique, sous tous les angles, il fait aussi penser aux pruniers longtemps dessinés à l'encre dans un style classique par de grands peintres chinois ", remarque-t-il. Et d'ajouter avec malice que le secret charmeur de ce prunier reposerait peut-être dans la taille élaborée de son feuillage.
Une autre curiosité de ce site est l'unique prunier qui, prenant ses racines dans un gros rocher éclaté, porte des fleurs roses, faisant tache au milieu des milliers d'autres. Comme l'" arbre rose du rocher " se tient dans un endroit reculé et escarpé au bout d'un sentier battu par le vent, les touristes doivent pour l'approcher et l'admirer recourir aux services d'un guide local.
L'association des fruiticulteurs de Hsinyi a aussi joué un rôle important dans la transformation de cette commune en un centre récréatif où les insulaires peuvent venir passer un week-end dans une des nombreuses fermes fruiticoles. Elle a aidé la communauté à mieux vendre ses récoltes et à distribuer ses produits, tels que les prunes aigres-douces confites, l'eau-de-vie ou le vinaigre extraits de ce fruit.
Les diverses recettes traditionnelles hakka accommodent de ce fruit les viandes (porc, boeuf ou volaille) et même le poisson, l'ingrédient de base en étant la pulpe ou le jus. Les légumes verts sont également servis avec des prunes.
Mme Ku Hsin-wei, qui enseigne l'art culinaire local au siège de l'association des fruiticulteurs, propose diverses recettes à la prune. Une de ses spécialités est un entremets fait de prunes et de millet glutineux. Ce fruit est excellent, indique-t-elle, pour relever la fadeur ou atténuer l'amertume de certains légumes.
Une visite à Hsinyi serait incomplète si on ne goûtait pas une spécialité à la prune de montagne.