Les élections locales et législatives qui se dérouleront en décembre feraient l'objet de tractations préalables entre trois des quatre principales forces politiques insulaires, c'est-à-dire le Kuomintang (KMT), anciennement au pouvoir, le Parti Pour le Peuple (PPP), formé l'année passée derrière M. James Soong -- ancien secrétaire général du KMT --, et le Nouveau Parti, issu d'une première scission au sein du KMT en 1993.
Une rencontre, d'abord tenue secrète, a ainsi réuni le 16 février M. Soong et l'actuel dirigeant du KMT, M. Lien Chan, afin de jeter les bases d'une future coopération, en vue d'une alliance électorale.
C'est que l'enjeu des deux grands scrutins en fin d'année est important. Outre le contrôle des collectivités locales par le biais des hsien (départements) et des municipalités dont on renouvellera les têtes, c'est le rapport des forces au Yuan législatif qui risque d'être transformé.
Jusqu'alors dominé par le KMT, celui-ci pourrait basculer dans le camp du Parti démocrate-progressiste (PDP). C'est tout du moins le souhait des stratèges de la formation à laquelle appartient le président de la République. Si le PDP devait l'emporter en fin d'année, M. Chen Shui-bian disposerait d'une majorité sur laquelle il appuierait enfin sa politique.
Ce scénario catastrophe pour les forces opposées au chef de l'Etat les pousse donc à un rapprochement. En apparence, les divergences semblent réduites, à tel point que le KMT, avec le soutien de l'état-major du PPP, a proposé de modifier les règles électorales en vigueur.
Les tenants de l'alliance aimeraient que soit autorisée, au niveau du scrutin local, la formation de " tickets " -- un maire et un maire adjoint, un chef de hsien et son adjoint -- qui permettraient de proposer un couple de candidats issus de formations peut-être différentes, mais qui, en concourant ensemble, attirerait davantage de suffrages.
Le scrutin qui vise à renouveler les élus de hsien et de municipalités se prête à ce type d'alliances particulières, la personnalité des candidats, en fonction des enjeux locaux, l'emportant souvent sur la nature même du programme défendu par leur parti au niveau national. Mais dans le cadre des législatives, les intérêts de politique nationale prenant le pas, les lignes de fraction qui demeurent entre les trois partis désireux de convoler pourraient réapparaître.
C'est d'ailleurs sur ces éventuelles différences que parie le PDP, qui ne semble pas s'inquiéter de l'ampleur de ces mouvements de précampagne électorale. En effet, des voix se sont déjà fait entendre au sein du KMT pour contester l'alliance en préparation et les vieilles divisions qui menaceraient de resurgir dans l'ancien parti au pouvoir pourrait faire le jeu du PDP.
Après être revenu sur sa décision d'interrompre la construction de la quatrième centrale nucléaire, le Premier ministre, se défendant d'avoir manqué à ses engagements politiques, a expliqué son revirement en invoquant la nécessité de se plier aux exigences de la situation politique.
S'adressant le 20 février aux membres du Yuan législatif, M. Chang Chun-hsiung a déclaré avoir cédé aux contraintes légales. Le gouvernement démocrate-progressiste ne disposant pas du soutien suffisant au Yuan législatif, a-t-il rappelé, il lui était difficile de s'opposer plus longtemps à la reprise des travaux de construction de la 4e centrale.
Face à une législature dominée notamment par l'ancien parti au pouvoir, le Kuomintang (KMT), partisan du projet, il a affirmé avoir été contraint d'accepter un compromis, suivant en cela les recommandations des Grands Juges saisis pour trouver une issue à la crise politique et institutionnelle qui menaçait.
" Si nous avions laissé la paralysie s'installer, a-t-il précisé, nous aurions fini par déstabiliser l'économie et la société insulaire, les grands perdants étant nos concitoyens. Il nous a donc fallu faire face à la réalité de la situation en faisant le choix pénible d'accepter la reprise des travaux. "
Il n'y a pas eu d'autres raisons derrière ce changement, a-t-il insisté, répétant que les constatations qui avaient poussé le gouvernement à abandonner la construction à l'origine étaient toujours valables -- problème de retraitement des déchets, risques liés au fonctionnement même de la centrale...
Refusant de considérer le recul du gouvernement comme une défaite totale, M. Chang Chun-hsiung a estimé qu'un progrès avait tout de même été accompli, puisqu'un consensus était apparu entre les différentes forces politiques pour faire de Taïwan, dans le futur, une île " libérée du nucléaire ". " J'ai livré le bon combat... et j'ai gardé la foi ", s'est-il exclamé face aux députés.
La majorité au Yuan législatif ayant réitéré sa ferme opposition par le biais d'une résolution spéciale fin janvier, le gouvernement se devait d'y obéir. " Respectueux du principe de l'équilibre des pouvoirs, a-t-il ajouté, il m'était impossible d'aller plus loin dans une action qui aurait nuit à l'intégrité de la Constitution. "
Pour calmer néanmoins les éléments antinucléaires les plus virulents au sein de son camp, qui n'ont guère apprécié la remise en cause d'une décision qu'ils avaient tant attendue, le Premier ministre a appelé les députés à voter au plus vite une loi organisant un éventuel référendum sur la question, afin d'impliquer les Taïwanais dans un choix politique fondamental concernant leur avenir.
A cette occasion, M. Chang Chun-hsiung a annoncé la mise sur pied d'un groupe de travail de cinq experts qui sera chargé d'étudier la tenue éventuelle d'un " référendum consultatif ", dans le cas où une législation en fixant les règles ne serait pas votée.
Les relations entre Taïwan et Hongkong ont franchi une nouvelle étape, s'est félicité M. Ma Ying-jeou, le maire de Taïpei, au retour de son séjour du 11 au 14 février dans l'ancienne colonie britannique à l'occasion du IIe Forum annuel Taïpei-Hongkong.
Au-delà des simples contacts de ville à ville, cette visite a conforté les signes d'un rapprochement entre les deux rives. En devenant en effet le premier élu de la République de Chine à être officiellement reçu à Hongkong depuis cinquante ans environ, M. Ma Ying-jeou peut se targuer d'avoir contribué à briser la glace, de façon d'autant plus visible que, de par les fonctions qu'il exerce à la tête de la municipalité de Taïpei, il figure parmi les membres du Cabinet et participe aux séances du Conseil des ministres.
Que M. Tung Chee-hwa, le chef de l'exécutif hongkongais, nommé par Pékin, ait accepté de le recevoir officiellement, lui accordant un entretien d'une heure et demie, constitue donc un fait significatif qui traduit un réchauffement amorcé depuis que le représentant informel de Taïpei a été autorisé, il y a peu, à prendre ses fonctions dans l'ancienne colonie britannique.
Hongkong servant de plaque tournante à la plupart des marchandises taïwanaises exportées vers le continent en l'absence de liaisons directes, l'importance des échanges économiques qui existent entre les deux villes suffit à justifier cette soudaine embellie. Il se trouve aussi que les autorités continentales aimeraient convaincre Taïwan de la viabilité de la formule " un pays, deux systèmes " qu'elles appliquent à Hongkong, aujourd'hui une région spéciale autonome.
S'exprimant sur la question dès le second jour de sa visite, M. Ma Ying-jeou a cependant été très clair, écartant une telle perspective. Aux participants du Forum Taïpei-Hongkong, il a expliqué qu'il faudrait encore du temps pour voir si la formule fonctionnait vraiment à Hongkong, précisant que ce qui pouvait être bon pour l'ancienne colonie britannique, ne l'était peut-être pas pour Taïwan.
A son retour, le maire de Taïpei s'est immédiatement rendu au siège de la Commission d'Etat des Affaires continentales (MAC), l'organe central en charge dans l'île des relations entre les deux rives du détroit de Taïwan. Répondant à ceux qui le soupçonnent d'être allé à Hongkong dans le seul intérêt de son parti, le Kuomintang, anciennement au pouvoir, M. Ma Ying-jeou a tenu à préciser que sa visite avait au préalable obtenu l'aval officiel de la MAC.