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Pour la première fois en cinquante ans, plusieurs dizaines de Chinois du continent ont pu retourner dans l'île de Kinmen dont ils sont originaires, en mettant à profit l'ouverture récente des trois mini-liaisons directes.
Le " Gulangyu ", le bateau qui les a transportés le 6 février, était le premier depuis 1949 à assurer officiellement la liaison sans escale entre la ville de Xiamen, dans la province continentale du Fujian, et l'île de Kinmen, sous contrôle de Taïpei.
Alors que la petite île n'est située qu'à deux kilomètres du continent, les traversées directes, courantes avant la Guerre civile, avaient été interdites en 1949, empêchant parents et amis de se revoir pendant un demi-siècle.
Car, si les visites entre les deux rives ont été rétablies il y a une dizaine d'années, le périple imposé par le passage par un pays ou un territoire tiers, en général Hongkong, est tout simplement coûteux, ou bien souvent trop difficile à accomplir pour des personnes âgées, par exemple.
Grâce aux changements intervenus au début de l'année, ce sont cette fois-ci plus de 70 continentaux qui ont enfin pu franchir directement les quelques kilomètres de mer qui les séparent de leur île d'origine, sur laquelle ils n'avaient pas remis les pieds depuis si longtemps. Leur arrivée au port de Liaolo a évidemment donné lieu à d'émouvantes scènes de retrouvailles familiales.
Habitante de Kinmen, Mme Huan Ya-yu, 73 ans, a enfin retrouvé sa mère, âgée aujourd'hui de 100 ans. " Merci, mon Dieu ", s'estÄelle écriée, en pleurs sous le coup de l'émotion, serrant sa mère qu'elle avait vu pour la dernière fois à l'âge de 18 ans.
" Je ne sais comment décrire mes sentiments ", s'est exclamé M. Chen Tien-pai, de Kinmen, qui croyait son père mort depuis longtemps. Celui-ci avait été envoyé sur le continent comme soldat, pour combattre les communistes. Lorsque ces derniers prirent le pouvoir, il lui fut impossible de regagner son île natale. Il dut changer de nom et s'installer à Xiamen.
Ce n'est pas la guerre mais la sécheresse qui avait poussé, à l'époque, M. Lin Yingwang à se rendre sur le continent. " Je suis né à Kinmen, j'y ai vécu. Je serais mort avec des regrets si je n'y étais pas revenu ", a déclaré ce cardiologue de 80 ans, qu'un de ses neveux était venu accueillir.
Pour d'autres, ce retour était aussi douloureux. Mme Huang Langlou, 82 ans, qui habite Zhangzhou, a retrouvé à l'abandon la maison de sa jeunesse. Une autre habitante de Xiamen a ressassé sa peine de n'avoir pu assister aux funérailles de ses parents.
Un premier bateau, venant de l'île de Matsu, sous juridiction taïwanaise, avait effectué la traversée directe dans l'autre sens, le 2 janvier dernier.
Le Cabinet a approuvé le projet de loi du ministère de l'Education autorisant des associations privées ou des particuliers à créer en Chine continentale des établissements dispensant le programme scolaire national pour les enfants de Taïwanais installés sur l'autre rive. Selon ce projet, dans les jardins d'enfants, les écoles primaires et les collèges, les enfants inscrits, qui jouiront d'un enseignement et de privilèges identiques à ceux de leurs camarades dans l'île, pourront réintégrer normalement le cycle scolaire. Sont également stipulées les conditions de recrutement, de carrière et de traitement du personnel enseignant dans ces écoles. Dans le même esprit, alors qu'on observe des hésitations à Taïpei, des étudiants taïwanais résidant en Chine continentale ont demandé aux autorités insulaires de reconnaître leurs diplômes universitaires obtenus là-bas, une mesure qui leur permettrait de trouver ici un emploi décent conforme à leur niveau d'études.
Au cours d'une campagne organisée à travers l'île par une association privée insulaire, Environment and Animal Society of Taiwan (EAST), plus de 100 000 cartes postales ont été adressées au dirigeant de la Chine continentale, M. Jiang Zemin, par le public taïwanais, lui demandant de faire cesser les mauvais traitements que les ours subissent dans des fermes d'élevage spécialisées sur le continent. Selon EAST, il existerait plus de 240 exploitations où une dizaine de milliers d'ours -- représentant près de la moitié de la population d'ours bruns sur le continent -- sont maintenus en vie dans des conditions horribles. Une large entaille est pratiquée sur le haut de leur abdomen afin d'en retirer deux fois par jour de la bile, considérée comme un ingrédient précieux dans la médecine traditionnelle chinoise. M. Chen Yu-min, président d'EAST, s'est félicité de l'élan des insulaires qui ont rapidement rejoint cette campagne de dénonciation.