Dix-sept guerriers en terre cuite, datant du IIIe siècle av. J.-C., avec une centaine d'autres reliques de la même époque, ont traversé le détroit de Taïwan pour une exposition du 15 décembre au 11 mars au Musée national d'Histoire, à Taïpei. Ces trésors culturels ont aussitôt attiré une foule enthousiaste. Le premier jour, plus de 6 000 personnes s'étaient déplacées pour admirer les célèbres pièces de la première dynastie impériale des Qin (221-206 av. J.-C.).
Ces chefs-d'oeuvre de l'antiquité chinoise ont été découverts dans la province du Shaanxi sur l'immense site funéraire du Premier Empereur, ou Shihuangdi, de la dynastie Qin. C'est en 1974 qu'un paysan, creusant un puits, décéla par hasard ces merveilles d'une époque révolue. Une exploration méthodique a permis de mettre au jour tout un pan de la société des Qin. Le site comprend trois grands puits d'excavation -- ceux des Guerriers, des Etables et des Chars en bronze -- dont le contenu offre un vivant témoignage de la vie militaire de cette époque. Aujourd'hui, les fouilles n'étant pas encore terminées, les archéologues gardent l'espoir de pouvoir retrouver la chambre funéraire de l'Empereur lui-même.
Shihuangdi, de son nom Ying Zheng, a accédé deux fois au trône. En 246 av. J.- C., succédant à son père, il est devenu à l'âge de 13 ans roi de Qin, un des derniers royaumes qui se disputaient l'hégémonie en Chine, avant de se proclamer en 221 av. J.-C. Premier Empereur ou Shihuangdi. Son règne royal a connu le renforcement de ses armées et la conquête des royaumes rivaux -- dans l'ordre chronologique, Han, Zhao, Wei, Chu, Yan et Qi --, lui permettant de rassembler les terres chinoises. Empereur pendant 11 ans, il fut, lit-on dans les manuels d'histoire, un redoutable tyran qui tenta de supprimer l'expression individuelle, comme le prouverait l'exécution de 460 lettrés confucéens à Xianyang, la capitale de l'empire. Il y fit un autodafé des livres de ces philosophes, à l'exception des traités d'agriculture, de médecine et de divination.
La brutalité de son administration l'a rendu détestable à ses sujets, et il n'a jamais gagné bonne réputation au cours des siècles suivants, même s'il ordonna la construction de la Grande Muraille de Chine, une des réalisations les plus monumentales de la planète.
Qin Shihuangdi possède néanmoins à son actif plusieurs bons points, comme l'uniformisation de la langue écrite, des poids et mesures, ainsi que de la monnaie, qui ont fortement conforté la monarchie et la vie de la société chinoise les vingt et un siècles suivants. Quoique son règne impérial n'ait duré que 11 ans, il a créé plusieurs institutions et codifié diverses législations qui constituent les fondements de l'Empire Céleste et du droit chinois. La division administrative du territoire en hsien (district), toujours en usage de chaque côté du détroit de Taïwan, lui revient également.
De son vivant, il a commencé la construction d'un vaste mausolée souterrain, que son fils Ying Huhai, ou le Second Empereur, acheva durant son court règne (210-206 av. J.-C.). Au milieu des troubles qui déchirèrent la succession des Qin après l'assassinat du Second Empereur jusqu'à l'accession de la dynastie Han dans une capitale voisine, le tombeau tomba vite dans l'oubli.
De cette " cité funèbre ¯, on a excavé des reproductions en terre cuite et grandeur nature de quelque huit mille militaires, mesurant en moyenne plus de 180 cm de haut (y compris le socle et la coiffure) et pesant 240 kg. Il s'agit de soldats portant cuirasse, de guerriers en robe, d'archers ayant un genou à terre ou d'autres debout, de cavaliers à cheval, de leurs montures et de leurs écuyers. Cette armée devait protéger Qin Shihuangdi durant son voyage vers l'au-delà.
" Ces pièces remarquables traduisent le haut niveau artistique des artisans de cette époque, note M. Tu Cheng-sheng, le conservateur du Musée national du Palais, à Taïpei, insistant sur les moindres détails reproduits sur chacun des guerriers, qui portent différentes coupes de cheveux, des coiffures variées et dont les barbes sont diversement taillées ou rasées. Ils arborent en outre une grande variété de bijoux sur la tête, le cou, les bras, etc., jusqu'aux expressions de leur visage, différentes les unes des autres. Le port de vêtements et d'insignes distinctifs semble indiquer les grades militaires.
A l'origine, les figurines en terre étaient peintes de couleurs brillantes qui, étant complètement ternies ou effacées par le temps, ont laissé la place au teint crayeux de l'argile.
L'arsenal ainsi mis au jour permet de mesurer la force militaire des Qin, comme le suggère la variété et la forme des armes exposées -- arbalètes, flèches, lances, épées, hallebardes --, toutes en bronze, ainsi qu'un assortiment de munitions en fer et en or. Les chars de cérémonie, les chevaux et autres objets en bronze dénotent par ailleurs le stade avancé de la métallurgie de cette dynastie.
On a aussi découvert des bronzes variés -- notamment de curieux vases ressemblant à de grosses gousses d'ail --, des jades, des pièces de monnaie, des tablettes gravées -- dont l'une de 10 cm de long sur 6,3 cm de large comportant l'édit impérial d'unification des poids et mesures --, des éléments d'architecture, ainsi que des instruments de musique, tels que les diverses sortes de cloches musicales, ou encore des vases de cérémonie et des marques de sceau faites dans de l'argile.
Les briques des cloisons et les dalles retrouvées dans le site funéraire, qui ont fait l'admiration des historiens et des spécialistes en art, présentent sur une face une décoration ayant pour thème des scènes de chasse ou des dessins géométriques (losanges) ou encore des motifs floraux, des surfaces granuleuses ressemblant aux grains de riz, des damiers ou des images symbolisant le soleil. Les constructeurs du sépulcre impérial ont ainsi utilisé ce genre de dalles pour en couvrir le sol.
De ces fouilles, on a également mis au jour des plaques circulaires en céramique, qui décoraient les portes d'entrée des maisons de cette époque. La plupart portent sous les Qin des motifs abstraits en spirale, contrastant avec celles fabriquées à la fin des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), lesquelles s'ornaient d'animaux de bon augure, comme le cerf, l'oiseau, la grenouille ou le léopard.
L'architecture grandiose sous la dynastie Qin se reflète également dans l'ampleur du palais impérial. Les annales rapportent qu'il a fallu aux assaillants trois mois pour détruire par le feu Efang Gong, le palais de Qin Shihuangdi. Sa structure aurait comporté des éléments architecturaux entiers provenant des six autres royaumes -- Chu, Han, Qi, Wei, Yan et Zhao -- saisis par les troupes de Qin, pour que le Premier Empereur puisse ainsi admirer sur place chacun des anciens palais royaux éloignés qu'il avait conquis. Il s'était en effet assuré que ses troupes envahissant les autres capitales n'y détruiraient pas les résidences royales.
Les pièces de monnaie métalliques de cette époque, appelées Qin panliang, étaient rondes et percées en leur centre d'un trou carré.
Elles avaient remplacé toutes les autres monnaies de formes diverses (taillées en forme de vêtement ou de couteau), ou encore faites de matériau autre (coquillages). Le modèle, désormais uniforme dans tout l'empire, a perduré jusqu'à la fin de la dynastie Qing (1644-1911).
Assez curieusement, le travail du jade entrepris sous sa dynastie a laissé une mauvaise impression aux Chinois. Le jade vert foncé que la cour des Qin appréciait particulièrement s'opposait au jade blanc, qui était, probablement sous l'influence confucéenne, le symbole de la vertu et de l'action noble préféré par l'ensemble de la population.
Fort de sa politique ambitieuse visant à bâtir une nation puissante, le Premier Empereur édicta des lois contraignantes sur la production du jade, en même temps qu'il mit à l'index le jade blanc, représentatif de la pensée confucianiste que la cour cherchait à étouffer. Il sera remis à l'honneur dès la dynastie suivante.
L'exposition Les guerriers et les chevaux du Premier Empereur Qin dans la capitale, qui s'achèvera en mars, a demandé plus de deux ans de préparation pour que les inestimables reliques, provenant des musées de Xi'an et du Shaanxi, soient admirées par le public insulaire.
Ces pièces impériales ont été présentées dans différentes villes du monde au cours des dernières années, mais l'exposition de Taïpei est certainement la plus importante, selon les organisateurs insulaires et continentaux.
Après 11 ans de gestation, le projet du métro de Kaohsiung pourrait enfin connaître un tournant important, grâce à l'accord intervenu le 12 janvier entre la municipalité de la grande ville portuaire du sud et la compagnie qui aura la charge de sa réalisation.
La vice-présidente de la République, Mme Annette Lu, la ministre des Transports et des Communications, Mme Yeh Chu-lan, le maire de Kaohsiung, M. Frank Hsieh, et le président de l'Assemblée du hsien de Kaohsiung, M. Huang Chi-chuan, figuraient parmi les personnalités qui n'avaient pas voulu manquer la cérémonie de signature.
Il s'agissait bien d'un événement : la construction du métro de Kaohsiung a été évoquée pendant longtemps sans qu'aucune mesure sérieuse n'ait été pourtant prise pour faire avancer le projet.
Désormais sur les rails, on estime pouvoir le compléter en 2005. Les deux lignes de métro -- les seules prévues pour le moment -- que comprendra le réseau s'étendront sur plus de 42 km et compteront 37 stations. Le coût total du projet est évalué à 172,2 milliards de TWD.
M. Hsieh se réjouit de cette nouvelle opportunité pour sa ville. Non seulement, ce mode de transport facilitera grandement les déplacements de ses administrés, mais en plus la réalisation des deux lignes contribuera à stimuler la croissance économique dans la région, soulageant les pressions qui s'exerçaient sur le marché de l'emploi quelque peu déprimé en ce moment. Kaohsiung et le sud de l'île s'épanouiront alors comme " le papillon sort de son cocon ¯, s'est exclamé avec enthousiasme le maire durant la cérémonie.
Le consortium qui a obtenu le contrat, Kaohsiung Rapid Transit Corp. (KRTC), est actuellement doté d'un capital de 5 milliards de TWD qui sera ensuite doublé lorsque le projet entrera dans sa deuxième tranche. Propriétaire de 30% de ce capital, China Steel est le principal partenaire du consortium qui compte également le groupe taïwanais Far Eastern, à hauteur de 20%, et le constructeur allemand Siemens, pour 10% des parts. Il a été convenu que KRTC construira et gérera les deux lignes de métro pendant une période de 36 ans, avant d'en céder ensuite l'exploitation à la municipalité de Kaohsiung.
Si elle n'a malheureusement pas reçu l'autorisation officielle, côté indien, de se rendre sur les lieux du tremblement de terre dévastateur qui a frappé l'ouest de l'Inde fin janvier, l'équipe de recherche et de secours de la municipalité de Taïpei a pu, en revanche, apporter son assistance aux Salvadoriens victimes, une dizaine de jours plus tôt, d'un autre séisme dont le terrible bilan s'élève désormais à environ 700 morts.
Dotée d'un équipement moderne, la trentaine de membres qui composaient l'équipe de sauvetage taïwanaise -- 27 pompiers, deux médecins et un ingénieur -- a quitté l'île pour l'Amérique centrale le 14 janvier. Dès leur arrivée au Salvador, les secouristes se sont immédiatement mis à l'oeuvre, déployant des efforts qui leur ont valu la reconnaissance des populations sinistrées, même si, hélas, ils n'ont pu dégager aucun survivant des décombres.
C'est à la suite d'un autre tremblement de terre, celui qui a frappé l'île en septembre 1999, faisant près de 3 000 victimes, et face à l'élan de solidarité international qui s'était alors mobilisé en faveur de Taïwan, qu'est née ici l'idée de former une équipe locale spécialisée, dont l'action de recherche et de secours ne serait pas limitée à l'île même, mais pourrait également s'étendre à l'étranger.
Il s'agissait donc de la première mission effectuée en dehors de l'île pour ces hommes qui, pour la plupart, ont participé déjà aux opérations de secours à Taïwan, il y a un an et demi.
Dans la foulée, et avec en tête le souvenir encore frais de cette catastrophe, les Taïwanais ont aussi fait parvenir un soutien financier et technique aux habitants du Salvador, un Etat avec lequel Taïpei a des relations diplomatiques.
Le ministère des Affaires étrangères a offert 200 000 USD à son allié centraméricain, tandis qu'un groupe de députés au Yuan législatif a ajouté à cette somme 300 000 USD, la complétant d'un don d'équipements médicaux d'une valeur de 5 millions d'USD. La municipalité de Taïpei a envoyé une équipe supplémentaire de six médecins.
L'initiative privée la plus significative est venue de Tzu Chi, la Fondation bouddhique de la Compassion, une association qui s'est déjà illustrée à maintes reprises dans l'aide humanitaire à l'étranger. Cette fois-ci, une première équipe médicale d'urgence a été envoyée, dès l'annonce de la catastrophe, par l'antenne de Tzu Chi aux Etats-Unis, apportant des soins à plus de 2 000 personnes en trois jours.
En fonction des recommandations d'un de ces membres envoyé sur place pour évaluer les besoins, Tzu Chi a, dans les semaines qui ont suivi, aussi envoyé aux habitants la zone sinistrée de Catacoyo, de la nourriture -- du riz, du maïs en poudre, du sucre, de l'huile, etcÉ -- , une seconde équipe médicale forte d'une dizaine de personnes et 1 350 maisons en préfabriqué pour l'hébergement des 6 500 personnes laissées sans abri par le séisme.
C'est dans le cadre très classique du Musée national du Palais, à Taïpei, que l'exposition du célèbre peintre Salvador Dali a été ouverte au public le 20 janvier, juste avant le Nouvel An chinois.
Les Taïpéiens ont donc pu profiter des quelques jours de congés octroyés à l'occasion de cette fête pour admirer l'oeuvre de celui qui fut l'un des personnages les plus controversés du mouvement surréaliste.
Intitulée Dali, un génie du XXe siècle, l'exposition réunit 47 dessins réalisés par l'artiste durant son adolescence à Figueras, en pays catalan, et 38 peintures offrant une rétrospective de ses soixante années de carrière artistique.
Mme Montse Aguer i Teixidor, directrice du Centre d'Etudes de Dali, au sein de la Fondation Gala-Salvador Dali, s'était déplacée pour veiller au transport puis à l'accrochage des oeuvres, parmi lesquelles des tableaux de première importance. C'est ainsi qu'elle s'est attardée à commenter en particulier Singularités et Sainte Cécile.
Peint en 1935, Singularités reflète un style surréaliste typique dans la représentation des personnes qui sont traitées sous l'angle de l'esprit et de l'âme plutôt que sous leur aspect physique.
Terminée en 1955, Sainte Cécile était l'une des peintures favorites de Dali, rappelle Mme Aguer i Teixidor qui juge que cette oeuvre exprime en même temps la fascination de l'artiste pour la Renaissance italienne, comme ses craintes face à la bombe atomique. " Il y a là une réflexion sur la religion. C'est le côté spirituel qui apparaît ¯, conclut-elle.
L'exposition a été organisée par le Musée national du Palais, avec le concours du groupe de presse local China Times.
A l'occasion du Sommet de l'Education 2001 qu'elle organisait, la municipalité de Taïpei a présenté les résultats d'un sondage d'opinion indiquant le large soutien public apporté au projet de création d'une université en ligne.
Plus de 90% des personnes interrogées par les services de la municipalité ont affirmé qu'elles aimeraient suivre au moins un des cours qui pourraient leur être proposés sur Internet par un centre d'enseignement " virtuel ¯, les technologies informatiques et les langues étrangères étant les matières les plus sollicitées.
L'expérience, qui a fait l'objet des principales discussions durant le sommet, est en passe de prendre forme, puisque l'on espère commencer les inscriptions avant la fin de l'année. M. Ma Ying-jeou, le maire de Taïpei, qui en a été l'un des promoteurs, est persuadé qu'elle contribuera à moderniser sa ville.
Alors que les Etats-Unis possèdent déjà 180 universités en ligne, a-t-il relevé, il n'en existe pas une seule à Taïwan. " Si nous ne le faisons pas aujourd'hui, a-t-il déclaré, nous le regretterons demain. "Le maire de la capitale estime en effet que les opportunités de s'enrichir culturellement se trouvent multipliées grâce à Internet.
Si elle s'adresse à tous, aussi bien aux étudiants en quête d'un diplôme qu'à tous les autres, l'université en ligne, par la flexibilité qu'elle offre, pourrait notamment profiter aux personnes en quête d'une formation continue ou professionnelle, ces dernières n'ayant pas forcément les moyens, pour une raison ou une autre, de suivre des études dispensées suivant une formule plus classique.
Toujours selon la municipalité, 80% des foyers à Taïpei disposeraient d'ordinateurs à la maison. Plus de 60% des Taïpéiens âgés de plus de 12 ans s'en serviraient. Parmi ceux-ci, 80% sauraient utiliser sans problème leur service de courrier électronique.