Alors que le conflit entre le Yuan législatif et le gouvernement au sujet de la 4e centrale nucléaire semblait s'intensifier, un espace pour un éventuel compromis s'est finalement dessiné fin janvier-début février, après que l'opposition eut répondu positivement aux appels du président de la République, M. Chen Shui-bian, en faveur de la reprise de négociations et de la recherche d'une " troisième voie ¯.
Au retour des vacances du Nouvel An chinois, une session anticipée de la législature attendait en effet les députés qui, en temps normal, n'auraient pas dû reprendre leurs débats avant le 1er mars. Celle-ci avait été exceptionnellement demandée par les formations politiques d'opposition, outrées par le refus du gouvernement de revenir sur sa décision d'interrompre la construction de la 4e centrale nucléaire, tandis qu'un arrêt vaguement formulé peu avant par les Grands Juges, en ne donnant aucune direction claire, n'avait en rien permis de trancher le litige.
Majoritaire au Yuan législatif, l'opposition s'apprêtait donc, par une résolution, à exiger du pouvoir exécutif qu'il reprenne la construction de la 4e centrale nucléaire, lorsque le président de la République, M. Chen Shui- bian, a opéré une première ouverture, le 29 janvier, en offrant sa médiation pour sortir du conflit, suivie d'une seconde, le lendemain soir, en renouvelant ses appels à une solution négociée.
Saisissant cette main tendue, l'opposition a consenti, le 31 janvier, à quelques concessions. Si la résolution qu'elle a votée ce jour-là a, sans surprise, exigé du gouvernement qu'il reprenne la construction de la 4e centrale nucléaire, elle a également laissé la place à un consensus éventuel. Le texte appelait ainsi à la mise en forme d'un " plan national ayant pour ultime objectif l'élimination de l'énergie nucléaire ¯, une idée chère au président de la République et sur laquelle les forces qui lui sont opposées au Yuan législatif ne s'étaient pas prononcées jusqu'alors.
Dans les journées qui ont suivi, les rencontres qui ont eu lieu entre les deux camps ont permis de faciliter un redémarrage du dialogue, dans une atmosphère soudainement détendue. Le Premier ministre s'est ainsi entretenu le 2 février avec M. Wang Jin-pyng, le président du Yuan législatif et l'un des chefs de file de l'opposition. Une entente semblant apparaître sur les conditions de la reprise éventuelle des négociations, personne n'a pour autant cédé sur l'essentiel. L'opposition l'a réaffirmée le 5 février : il lui semble toujours nécessaire, avant d'aller plus loin dans le débat du nucléaire, que le gouvernement ordonne au préalable la reprise de la construction de la 4e centrale interrompue en octobre dernier.
Du côté de la présidence de la République, l'espoir de surmonter les différences est vif, bien qu'il reste encore à convaincre les plus intransigeants au sein du Parti démocrate-progressiste (PDP), la formation au pouvoir. La partie n'est pas gagnée mais ne paraît pas impossible à jouer. M. Chou Po-lun, chef du groupe parlementaire PDP, a ainsi fait savoir, le 5 février, que si les députés de sa formation ne soutenaient pas la reprise des travaux, ils ne s'y opposeraient pas non plus.
Dans la démocratie à Taïwan qui a rapidement évolué ces dernières années, les droits de l'homme ne sont plus un sujet tabou; au contraire, ils sont devenus un des piliers de ses institutions. Dans cette perspective, le gouvernement insulaire, conduit par le Parti démocrate-progressiste (PDP), a récemment réaffirmé sa volonté de leur donner encore une plus grande valeur et de mieux les protéger.
Lors de la cérémonie d'ouverture de la Conférence internationale sur les Commissions nationales des Droits de l'Homme, tenue à l'Université de Soochow, à Taïpei, le président de la République, M. Chen Shui-bian, a rappelé son engagement en faveur de ces droits internationaux, dont il s'est fait depuis longtemps un des plus actifs partisans, notamment en promettant de faire ratifier la Déclaration universelle des Droits de l'Homme par le Yuan législatif et de l'incorporer dans la législation nationale.
Il a indiqué que, pour en assurer la protection dans l'île, il faudrait créer une nouvelle infrastructure au sein même du gouvernement, la commission nationale des droits de l'homme, qui en sera l'élément de base. Partie intégrante des institutions de l'Etat à l'instar d'un ministère, cette commission sera pourvue de grandes responsabilités pour répondre aux nécessités présentes conformément aux principes internationaux régissant ce type d'organisme et adoptés à Paris sous l'égide des Nations unies. Elle adaptera les lois et règlements en vigueur afin de les normaliser conformément aux valeurs internationales, en soumettant à l'exécutif des recommandations et proposant au législatif divers amendements indispensables, diffusera ici les études et recherches internationales en la matière, cherchera à faire participer le pays et sa population aux activités internationales organisées par les Nations unies, leurs institutions régionales et les commissions nationales d'autres pays.
Par ailleurs, le gouvernement dressera un plan d'action insulaire visant à la promotion de ces droits internationaux, a indiqué le chef de l'Etat, suggérant que cette initiative se fonderait sur la Déclaration de Vienne et son programme d'action, adoptés en 1993 par la Conférence mondiale sur les Droits de l'Homme. Les efforts entrepris dans les autres pays pourront également servir d'exemples pour évaluer et comparer les applications dans l'île, tout en instaurant une dynamique nationale visant à éliminer progressivement les violations de ces droits.
Pour y parvenir, il existe deux directions pratiques. La première s'applique à l'intérieur du pays. Diverses mesures permettront d'examiner les textes des lois et des arrêtés administratifs, où les droits de l'homme seraient encore insuffisamment protégés, et d'apporter une plus grande harmonie entre les droits public et privé, ainsi que de redéfinir l'enseignement des droits de l'homme. La deuxième, dans le domaine des relations extérieures, consiste en des actions permettant notamment à l'île de cosigner des traités concernant ces droits internationaux et assurer sa participation à des institutions mondiales ou régionales.
Lorsque la République de Chine a perdu son siège aux Nations unies en 1971, elle a dû se retirer de toutes leurs institutions affiliées, notamment celles en charge des droits de l'homme. Ainsi, elle fut privée de toute une aide qui aurait pu lui être utile et fut empêchée de participer aux activités internationales promouvant ces droits, pendant que ses lacunes ou ses insuffisances en la matière étaient tout de même montrées du doigt par la communauté internationale.
Alors soumise à la volonté autoritaire d'un parti unique et n'ayant qu'un accès restreint aux progrès réalisés ailleurs en la matière, la population insulaire était en marge de l'internationalisation des droits de l'homme.
La levée de la loi martiale en juillet 1987 et les réformes politiques et sociales qui ont suivi ont rapidement transformé la société insulaire. La liberté d'expression et l'accès à toute sortes d'informations ont développé un mouvement dynamique en faveur des droits de l'homme dans l'île.
C'est dans ce contexte, que le président Chen Shui-bian, alors député, se déclara en faveur de cette cause. Parvenu aujourd'hui à la tête de l'Etat, il s'est engagé à placer son mandat sous le sceau des droits de l'homme. Ainsi, tenant une de ses promesses, il a profité de la Journée internationale des Droits de l'Homme, le 10 décembre dernier, pour gracier 21 prisonniers. Dix- neuf étaient des objecteurs de conscience; quant aux deux autres, l'un était victime d'une erreur judiciaire et l'autre un syndicaliste qui avait dirigé une manifestation ouvrière ayant tournée à la violence.
Un autre dossier, où les droits de l'homme ont été bafoués, concerne les événements quelque peu oubliés du " 6 avril ¯, en 1949.
Cette année-là, à la suite d'une manifestation estudiantine dans les rues de Taïpei contre l'augmentation excessive des frais universitaires, les forces de l'ordre pénétrèrent aux premières heures du 6 avril dans les résidences d'étudiants sur les campus de l'Université [nationale] de Taïwan et de l'Ecole normale de Taïwan (auj. Université nationale normale de Taïwan), à Taïpei, appréhendant 28 jeunes gens.
Dans les semaines qui suivirent, plus d'une centaine d'autres étudiants furent également emprisonnés et plusieurs exécutés sous le couvert de la loi martiale décrétée un mois et demi plus tard. Cet acte a marqué une autre étape de la " terreur blanche "pendant laquelle les " opposants "au régime furent incarcérés ou sommairement exécutés. C'était la deuxième opération répressive dans l'île après celle plus connue du 28 février 1947.
Ce n'est que vers le milieu des années 90 que les deux établissements universitaires créèrent des groupes de recherche concernant cet " incident ¯, tandis qu'un mouvement était lancé en faveur de la réhabilitation des victimes. Peu après, une commission d'enquête était instaurée par le Yuan de Contrôle.
Les amendements successifs aux dispositions en vigueur ont permis le 15 décembre 2000 d'inclure les victimes du " 6 avril ¯, ou leurs ayants droit, à la longue liste de personnes bénéficiant d'un dédommagement pour avoir été arbitrairement jugées pour acte de trahison ou d'espionnage en faveur des communistes pendant la période de " terreur blanche ¯.
Au début de l'année, cette répression demeurant une grave erreur encore non réparée, c'est le ministre de l'Education, M. Ovid Tzeng, qui a présenté les excuses officielles du gouvernement de la République de Chine, lequel avait ordonné ces arrestations et exécutions en 1949 dans les deux établissements universitaires.
Le ministre s'est engagé à offrir un diplôme honoris causa aux étudiants victimes de la répression et à perpétuer leur souvenir par l'érection d'une stèle en leur honneur, déclarant que les représailles massives de la manifestation du " 28 février "(1947) ne devaient pas pour autant faire oublier les éliminations autoritaires, perpétuées ultérieurement sous la loi martiale. Ces faits jusque-là omis seront désormais mentionnés dans l'histoire des deux universités.
Le président de l'Université nationale de Taïwan, M. Chen Wei-jao, quant à lui, a fait savoir que le rapport d'enquête sur les événements du 6 avril 1949 avait été déposé à la bibliothèque de son établissement pour consultation.