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L'an millénaire est aussi pour les Chinois une année remarquable puisqu'elle est l'année du Dragon selon leur calendrier traditionnel chinois directement lié à un cycle zodiacal de douze ans.
Dans cette mesure du temps, le dragon est le cinquième et l'unique être mythique parmi les douze animaux qui marquent l'un après l'autre les années de ce cycle. Ce sont dans l'ordre le rat, le boeuf, le tigre, le lapin, le dragon, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le chien, le coq et le cochon.
Si l'adoption du calendrier grégorien en Chine, avec sa semaine de sept jours, est bien établie dans les usages pratiques de la vie civile, le calendrier traditionnel, appelé nongli ou encore yinli, n'a nullement cédé sa place dans les coeurs. Par exemple, il est présent dans toutes les publications calendaires chinoises aux côtés des quantièmes officiels. Ainsi, c'est sur le nongli qu'on célèbre un anniversaire, prend une décision importante ou envisage une action. Au niveau du pays, c'est encore lui qui permet de fixer les fêtes nationales " mobiles ", comme le Nouvel An chinois (vers janvier- février), les fêtes des Bateaux-Dragons (vers mai-juin) ou de la Mi- Automne (vers septembre-octobre), trois grandes festivités commémorées avec vivacité dans le monde chinois.
L'année millénaire de l'ère chrétienne est donc marquée en Chine par le dragon, malgré un départ retardé de 35 jours, présageant d'augures favorables pour tous. Cet animal est probablement la figure la plus remarquable de la tradition populaire chinoise symbolisant la sagesse, la justice, la dignité, le courage, l'harmonie, la loyauté, la bienveillance et la bonne chance. Sa représentation est également particulière: un long corps effilé recouvert d'écailles, il possède des pattes, une tête chevaline, des cornes, des moutaches, et divers attributs des autres animaux zodiacaux. Symbole sacré de l'empereur depuis la dynastie Han (206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.), l'image du dragon a été vite associée au fil des ans au souverain chinois. Ainsi, il existe le trône, le palais, le lit, les robes, et même les édits du dragon. Tôt, l'empereur a aussi reçu le titre de " fils du dragon ", parmi les nombreuses autres appellations honorifiques qui lui sont attribuées. Ainsi, au XIXe siècle, la Chine entrant dans le concert des nations, l'image majestueuse du dragon figure seule sur le drapeau national jusqu'à l'établissement de la République en 1912.
Les contes et légendes de Chine possèdent tous des dragons de formes variées ayant des pouvoirs sur les phénomènes naturels, comme la pluie, les nuages ou la foudre. En fait, en raison de sa maîtrise des eaux, le dragon s'est vu attribué par translation le symbole de la fertilité. Confondu avec cet élément, on le croit vivre dans les profondeurs des rivières, des lacs, des mers, et même des puits. Au sommet d'une hiérarchie, on trouve quatre dragons-rois vivant chacun dans un palais de cristal au fond de l'une des quatre mers. Bienveillants, selon la croyance populaire, ce sont eux qu'on remerciera par diverses offrandes pour avoir mis un terme à une sécheresse. Mais s'ils sont courroucés, ils seront féroces en faisant déborder les fleuves qui inonderont les plaines fertiles. Il faudra alors les apaiser et les traiter avec respect.
Mais au fait d'où vient cet animal fabuleux? D'une manière générale, c'est une question que ne se posent pas les Chinois. L'animal existe depuis toujours dans la littérature et les arts. Au cours des siècles, il lui a été ajouté un détail, une allégorie, parfois insolite, au point d'être aujourd'hui représenté avec élégance. On le retrouve partout en Chine, sur les maisons aux angles de la toiture pour en protéger les habitants, dans les temples, enroulé autour d'un pilier ou étalé sur le faîte du toit pour les rehausser, dessiné sur les objets quotidiens, gravé ou taillé en bijouterie sur des supports les plus précieux avec des formes les plus diverses pour apporter un des attributs à ses destinataires. A leurs noces, les jeunes mariés ne manquent pas de savourer des " yeux de dragon ", c'est-à-dire des longanes, un fruit proche du litchi, qui apportent au couple vitalité et prospérité, tandis que leurs hôtes boivent du " thé du dragon noir ", autrement dit oolong, probablement en raison de sa couleur sombre et ambrée. Ailleurs, les grandes festivités ou commémorations, notamment la célébration du Nouvel An, ne sauraient se passer d'une spectaculaire " danse du dragon ".
Quelques-uns le disent descendre des dinosaures, hypothèse impossible puisque ces espèces " antédiluviennes " avaient disparu depuis trop longtemps pour rester en mémoire des hommes. Serait- ce alors un crocodile ou un varan géant comme on en trouve encore en Asie? Certains ont voulu le décrire comme une évolution de l'hippocampe, ou " cheval des mers " en chinois.
L'explication la plus vraisemblable serait une transformation imaginative et artistique provenant des emblèmes totémiques adorés par les peuplades barbares voisines des Anciens Chinois et introduits dans le culte populaire par les Zhou (fin XIe s. - 256 av. J.-C.), lorsque ces derniers ont créé leur royaume sur les terres chinoises de l'empire Shang.
A cette époque, les clans chinois se distinguaient par un " totem " de forme animale, symbole commun de leur tribu. Parmi ceux-ci, le serpent semble être celui du clan victorieux des Zhou. A partir de ce totem devenu royal, sa représentation aurait évolué sous la forme du dragon, qui, en prenant des pattes, s'apparente à un cousin éloigné du serpent, le lézard. Dans les reproductions de dragon les plus anciennes, comme les bronzes et les autres pièces archéologiques datant des premiers Zhou, on note une large confusion entre les deux reptiles, le serpent et le lézard.
Bénéficiant du progrès des techniques dans les différents arts, l'image du dragon a acquis élégance et splendeur. Sous les Royaumes Combattants (480-221 av. J.-C.), le corps s'allonge en prenant des formes sinueuses, un S, un double S, puis des boucles. Sous les Han, prenant l'allure noble d'un étalon, il est pourvu de magnifiques cornes de capridés et, aux bouts des pattes, de serres aquilines à cinq doigts pourvus de griffes acérées. Volant et crachant le feu, il est devenu l'emblème national qu'on chante et décrit avec splendeur partout en Chine.
Sous les Han, le dragon a donc été associé à la personne impériale, peut-être en mémoire du dragon royal des Zhou. Cet attribut, flamboyant à partir des Tang (618-907), a été repris par les nombreuses dynasties suivantes, y compris celles d'origine étrangère, comme les Wei (386-556), les Liao (916-1125), les Jin (1115-1234) ou encore les Qing (1644-1911).
L'année du Dragon est particulièrement bien accueillie en Chine. Selon l'astrologie traditionnelle, toujours aussi vive dans les esprits, les natifs d'une année reçoivent les qualités symboliques de leur animal généthliaque. On comprend alors l'importance d'un natif du Dragon au sein d'une famille. Ici, personne ne s'y trompe, et, l'année du Dragon, les Chinois tenteront toujours une chance supplémentaire en donnant naissance à un petit " dragon ". A l'échelon national, ce phénomène devient impressionnant comme le montrent à chaque année du Dragon les statistiques démographiques à la hausse du monde chinois.
La nouvelle année du Dragon, qui durera du 5 février 2000 au 23 janvier 2001, présage pour les Chinois et le monde entier d'heureux augures de progrès et de prospérité.
Recevant un exemplaire du Dictionnaire Ricci des Caractères singuliers chinois, un dictionnaire bilingue chinois-français compilé par les missionnaires jésuites français à Taïwan, de ses co-éditeurs, le père Benoît Vermander, directeur de l'Institut Ricci, et M. Jean- Pierre Hourdin, directeur de la maison d'édition Desclée de Brouwer, le président de la République, M. Lee Teng-hui, a remercié l'Institut Ricci, de France, et loué sa grande contribution aux échanges culturels entre la République de Chine et la France.
En 1998, l'Institut Ricci s'était vu décerner le Prix culturel sino- français en récompense de ces travaux lexicographiques lors d'une cérémonie présidée par Mme Lee Teng-hui, alors en France. Ce prix annuel est conjointement parrainé par la Commission d'Etat des Affaires culturelles de la République de Chine et l'Institut de France.
Fruit d'un travail de lexicographie chinoise et française d'une cinquantaine d'années, le Dictionnaire Ricci des Caractères singuliers chinois présente sur 3 600 pages de grand format quelque 13 500 caractères chinois, depuis les styles les plus anciens aux formes actuellement en usage, autrement dit un inventaire des idéogrammes chinois expliqués et traduits en français. Cet ouvrage peu commun est en fait le prélude d'un ouvrage plus ambitieux, Le Grand Ricci, qui, selon le père Vermander, devra sortir en mai 2001. Comprenant 300 000 entrées ou combinaisons idéographiques formant les " mots " de la langue chinoise sur quelque 10 000 pages, cette véritable encyclopédie française du chinois sera assurément la plus grande et la plus complète oeuvre jamais publiée dans ce genre.
Pour le réaliser, les moyens les plus modernes, comme l'informatique, ont été utilisés, mais sa longue compilation lexicographique a été élaborée selon des méthodes plus traditionnelles. En fait, ce dictionnaire a une longue histoire si on compte les ouvrages qui lui ont servi de base.
Le premier dictionnaire chinois-français est certainement celui du père Nicolas Trigault publié en 1626 sous la dynastie Ming. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle pour voir d'autres ouvrages de ce type après l'arrivée des Européens en Chine. Dans ce domaine, les pères jésuites reprennent le flambeau avec la publication en 1890 du Dictionnaire classique de la langue chinoise du père Séraphin Couvreur, une référence pour des études classiques. Le Petit Dictionnaire chinois-français du père Debesse, plusieurs fois réédité, comble pour longtemps les linguistes sinisants francophones.
Mais après la chute de l'Empire en 1911, la langue chinoise évoluant rapidement en faveur de la langue parlée, les dictionnaires de caractères sont vite dépassés. Les années de guerre en Chine ne permettent pas d'achever une refonte complète des lexiques chinois- français, puis la guerre civile met un terme aux travaux puisque la plupart des missionnaires sont expulsés de Chine continentale.
Sous l'égide de l'Institut Ricci, créé en 1966 à Taïwan par le père Yves Raguin, une équipe française de missionnaires jésuites reprend doucement les recherches en récupérant divers documents épars et publie en 1976 son Dictionnaire français de la langue chinoise, communément appelé le Petit Ricci.
Dans les années 90, grâce aux dernières techniques informatiques, de nouvelles perspectives sont offertes aux lexicographes et aux chercheurs de l'Institut Ricci. Dans cette entreprise de longue haleine, c'est sûrement " l'amour de la langue ", comme le souligne le père Vermander, qui a guidé ses initiateurs, ses chercheurs et ses rédacteurs.