Contenu (Culture)

[Retour à la Table des Matières] [Retour à la Page 1]




La spiritualité apporte le calme aux Tibétains

PD: 09/11/00

Des lamas tibétains, le crâne rasé, vêtus de la longue robe pourpre, forment une procession dans la grande salle. Certains s'asseoient et jouent avec des intruments traditionnels, tels que des flûtes, des cymbales et de longues trompettes droites. Leur musique accompagne des lamas qui, habillés de costumes portés uniquement pour les rituels religieux, évoluent au milieu de la pièce, exécutant gracieusement les pas du cham, une danse traditionnelle du Tibet. Pour ces lamas, musique et danse permettent d'exprimer leur profonde révérence envers les dieux et la nature.

Ce spectacle a agrémenté la cérémonie d'inauguration de l'exposition d'objets culturels tibétains au Musée national de Taïwan, dans le centre de Taïpei, un événement conjointement organisé jusqu'au 24 septembre, par le musée et l'Association des Tibétains de la République de Chine (ROCTA).

Au cours de la cérémonie d'inauguration, M. Chen Shei-saint, député au Yuan législatif, a déclaré qu'admirer des objets culturels tibétains exposés dans un bâtiment dont l'architecture est de style baroque européen, rappelle à tous l'originalité et la diversité de la culture humaine. Ce qui est aussi impressionnant, a-t-il ajouté, c'est le riche héritage de Taïwan qui englobe tant de traits d'horizons culturels si divers, qu'ils soient aborigènes, espagnols, hollandais ou tibétains entre autres.

" Cette exposition illustre parfaitement la civilisation du Tibet à travers laquelle ses habitants perçoivent la beauté de la vie ", souligne M. Shih Ming-fa, conservateur du musée, durant son discours d'inauguration. M. Chuen Tsering, président de la ROCTA, d'accord avec ses propos, précise que les Tibétains sont un peuple amoureux de la nature et véritablement épris de paix.

Le Tibet est un pays qui fascine. A perte de vue, l'immensité bleue de son ciel et l'étendue de ses prairies ont peut-être offert la grande inspiration à ses habitants et sont certainement des éléments qui les ont forgés dans le pacifisme et la magnanimité.

" A Taïwan, il existe aujourd'hui cent cinquante groupes religieux qui se réclament du bouddhisme tibétain, ce qui représente environ 500 000 personnes ", indique M. Hsu Cheng-kuang, président de la Commission [ministérielle] des Affaires mongoles et tibétaines. Egalement appelé lamaïsme, le bouddhisme tibétain a été introduit vers la fin des années 40 avec l'arrivée massive de continentaux dans l'île. Toutefois, la connaissance générale de cette culture est demeurée fort limitée. " Les principes philosophiques de cette religion sont assez mal compris dans la société insulaire ", dit M. Liu Wen-chun, guide pour l'exposition et pieux fidèle du culte tibétain.

Aujourd'hui, plus de 95% des Tibétains sont bouddhistes. Au Tibet, les habitants recevaient une éducation poussée dans les écrits et les rituels sacrés bouddhiques, faisant de la religion une institution intégrée à la vie de tous les jours.

Jour après jour, des heures durant, les bouddhistes tibétains, assis en tailleur, récitent des prières sous la lumière douce et jaunâtre des lampes des salles de méditation. Ils incantent des soûtras en tibétain, parfois en sanskrit, ou, lors de grandes occasions, jouent de la musique instrumentale, cherchant une autre expression de leur dévotion. Leur mode de vie, si près de la nature, est le fruit d'une longue et riche culture qui a traversé les siècles

Khawachen, ou " pays des cimes enneigées et des herbes guérissantes ", est le nom que donnent les Tibétains à leurs terres, si mystérieuses pour les Chinois, situées sur les hauts plateaux à l'ouest de la province continentale du Sichuan, entre l'Himalaya, au sud, et les monts Kouenlouen, au nord. Entre ces deux chaînes presque infranchissables, se tient le " Toit du monde ". Sur ces hauteurs presque inexpugnables, où des siècles de nomadisme avaient développé un mode de vie unique, le Tibet a formé un royaume indépendant et puissant qui a fleuri dès le VIIe siècle de l'ère chrétienne.

Le Tibet n'ayant pas d'histoire écrite avant la dynastie Tang (618- 907), un des ces plus grands rois, Songzang-Gambo (mort en 649), a introduit un système particulier d'écriture créé par des missionnaires bouddhistes venus d'Inde. Ce lien a permis la pénétration et l'implantation du bouddhisme dans le pays.

A l'occasion de cette exposition tibétaine à Taïpei, les insulaires ont la possibilité d'apprendre la vision esthétique des Tibétains qui croient que " la vie réside dans le bouddhisme ". En pénétrant dans le hall d'entrée au musée, on est tout de suite attiré par une série d'objets cultuels d'aspect sobre et serein et surtout par un symbolique " moulin " à prières qui contient à l'intérieur un soûtra bouddhique. Quelques visiteurs murmurent le vers sacré on mani padmé hun, une invocation du nom du bodhisattva Avalokiteçvara, tout en le faisant tourner pour implorer la divinité.

Divisée en six catégories artistiques, l'exposition comprend des miniatures religieuses, des objets moulés, des sculptures en bois, des peintures, des portraits de divinités bouddhiques et des décorations d'autel et de temple.

Parmi les miniatures, on ne manque pas d'admirer l'oeuvre représentant les trois bouddhas du Paradis de l'Ouest, finement ciselée et pas plus grosse qu'un grain de riz. Les pièces en métal moulé sont parmi les plus communes qu'on peut rencontrer dans les temples tibétains ou encore chez des fidèles, sur un autel familial. Fabriqués en bronze, en cuivre ou en argent, ces objets sont peints ou parfois plaqué en or, le plus souvent incrustés de pierreries.

De tailles diverses, les sculptures merveilleuses sont généralement des effigies d'un bouddha ou d'un personnage vénéré du panthéon bouddhique, debout ou dans une position révélée par les écritures sacrées. Les peintures exposées sont des reproductions d'oeuvres murales typiques décorant les temples tibétains. Par tradition, ces tableaux décrivent une scène des saints textes bouddhiques. Il est courant qu'une oeuvre soit dédiée à un soûtra, celui que l'artiste a longuement psalmodié durant la composition. Certaines peintures sont enduites d'une poudre fine de pierres précieuses, symbole de la pérennité, leur apportant un certain charme.

Devant les portraits ou les effigies de personnage bouddhique d'une oeuvre artistique tibétaine, on peut rester assez perplexe par le choix des couleurs utilisées, par exemple, le vert ou le bleu pour le grain de la peau. Une réponse est donnée par Sonam, Tibétain né dans cet univers simple et rustique. Il explique que, dans sa religion, les nuances sont dotées d'un symbolisme puissant qui se reflète nécessairement dans une oeuvre artistique. Par exemple, indique-t- il, le blanc exprime la sincérité ou la loyauté, aussi offre-t-on un khata, une sorte d'écharpe en soie fine de cette couleur, pour marquer sa fidélité envers le destinataire du présent.

Sonam, la trentaine, vit à Taïwan depuis dix ans. Diplômé de l'Institut tibétain en Inde, il est venu dans l'île apprendre le chinois. Aujourd'hui, il est traducteur professionnel. Comme le veut la coutume de son pays, Sonam n'a pas de patronyme, tandis que les prénoms suggèrent un goût esthétique des parents ou un penchant souhaité à l'enfant. Ainsi, Sonam signifie " vertu ".

Certaines pièces picturales, comme le tanka, qui désigne une " peinture plate de personnage " et dont le nom signifie étymologiquement " repentir ", furent parmi les premières oeuvres artistiques du Tibet. On en a retrouvé qui dataient du VIIIe siècle. Elles sont devenues le modèle de référence pour dépeindre les déités bouddhiques. Outre les figures du panthéon, les Tibétains ont aussi reproduit des dignitaires ou des héros de leur histoire nationale, dépeint des rites culturels ou religieux, dessiné des tableaux anatomiques ou des structures astronomiques, alors que les paysages dans les tanka sont d'inspiration chinoise.

Partie intégrante de ces pratiques religieuses, le fidèle créera son propre tanka, qui l'aidera, grâce à une liturgie particulière durant sa composition, à éliminer l'envie, la colère, l'ignorance et autres mauvais instincts, comme le lui recommandent les grands préceptes du bouddhisme tibétain, indique le guide Liu Wen-chun.

A côté du tanka, il existe le mandala, une oeuvre d'art entièrement consacrée à l'espace divin et symbolisant l'univers. C'est une pièce essentiellement destinée aux rites religieux du bouddhisme tibétain, poursuit-il.

Les expressions faciales de mécontentement des esprits malins qu'on observe dans ces oeuvres représentent les mauvais sentiments que chacun éprouve tout en cherchant à s'en débarrasser. Comme l'enseigne le dalaï-lama à ses fidèles, il faut être capable d'accepter la mort avec bonheur lorsqu'elle survient.

Témoins d'une forme artistique exotique particulière, des objets confectionnés à partir d'os et de crânes humains sont aussi exposés. " Ces pièces visent à tenir la pensée en éveil sur l'impermanence du corps et la permanence de l'esprit ", assure M. Liu Wen-chun, précisant qu'aimer la vie et ne pas craindre la mort sont ce que ces débris d'os veulent exactement signifier.

" Le Bouddha existe sous toutes les formes ", réplique Sonam.

Cet article est inspiré de "Life is Buddhism" for peace-loving Tibetans de Rita Fang, in Taipei Journal, 4 août 2000.