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Deux bateaux-dragons au sein de l'armada Brest 2000, la Fête internationale de la Mer et des Marins

PD: 08/11/00

Trois mille bateaux et vingt mille marins se sont retrouvés à la pointe de la Bretagne du 13 au 17 juillet dernier pour participer au grand rassemblement de vieux gréements qui s'y déroule tous les 4 ans depuis 1992. Malgré une météo plutôt capricieuse les deux premiers jours, le public a également répondu présent à l'appel du large. Le record d'affluence a été battu cette année, avec 1,2 million d'entrées en 4 jours!

 Embarcations et équipages étaient venus de près d'une trentaine de pays des cinq continents. La présence de l'Asie était discrète par le nombre de ses inscrits, mais elle n'est pas passée inaperçue grâce à l'exotisme et l'originalité de ses ambassadeurs: deux bateaux-dragons de Taïwan et une jonque chinoise du Viêt-nam, le Sao Mai (Etoile du matin). Belle histoire d'ailleurs que celle de cette jonque qui avait quitté Hô-Chi-Minh-Ville (Saïgon) deux ans auparavant dans le but de participer à Brest 2000.

 Taïwan n'en était pas à sa première participation. Déjà en 1996, le public avait pu admirer une pirogue de pêcheurs yami de l'île des Orchidées. Elle s'était d'ailleurs tant plue en Bretagne qu'elle avait décidé d'y élire définitivement domicile. Elle réside depuis lors au Musée national de la Marine, dans l'enceinte du château de Brest.

 C'est sur l'initiative d'un brestois séjournant régulièrement à Taïpei et grâce à l'aide précieuse d'une Taïwanaise ayant étudié 5 ans à l'Ecole des Beaux-Arts de Brest que le projet des bateaux-dragons a pu se concrétiser. Cette dernière, Mlle Tsai Lin-lin, a présenté le dossier à la mairie de Taïnan, ville de 700 000 habitants sur la côte sud-ouest de Taïwan, où elle est née. La municipalité a d'emblée été séduite par le projet et a rapidement décidé d'y apporter son soutien. Mais les délais étaient très courts pour que les bateaux-dragons puissent arriver à temps à Brest.

 Finalement deux bateaux traditionnels en bois ont été trouvés à Hsintien, ville de la banlieue sud de Taïpei, qui a généreusement accepté de les prêter pour la durée de la manifestation en France. Ils étaient cependant en mauvais état et nécessitaient impérativement une cure de jouvence. Ils ont alors été acheminés par la route à Taïnan, où des spécialistes les ont complètement restaurés et repeints.

 Trop longs et d'autre part trop larges pour être mis côte à côte à bord d'un conteneur de 45 pieds, il a d'abord fallu démonter les têtes de dragons et superposer les deux embarcations. De Taïnan, ils ont repris cette fois la route pour le port de Kaohsiung, où ils ont été mis à bord d'un porte-conteneurs qui a appareillé à destination du Havre. La dernière étape, du Havre à Brest, s'est à nouveau effectuée par voie terrestre après un périple de plus de trois semaines en mer.

 Les deux bateaux ont été construits dans le plus grand respect de la tradition en 1987 par M. Liou Chin-zen, charpentier de marine et grand spécialiste des bateaux-dragons à Taïwan. D'une longueur hors tout de 13,63 mètres et entièrement construits en bois, ils sont chacun manoeuvrés par un équipage de 24 membres: 22 pagayeurs, un barreur et un homme qui, à la proue, donne la cadence au rythme d'un imposant tambour chinois.

 Si les bateaux venaient de Hsintien, les équipages quant à eux étaient originaires de Taïnan. Il avait en effet été décidé que les deux équipages finalistes des compétitions de Taïnan lors de la Fête des Bateaux-Dragons le 6 juin dernier seraient sélectionnés pour participer à Brest 2000. Le classement a voulu que l'un des équipages soit composé de professeurs d'un lycée et l'autre, de lycéens d'un établissement à vocation maritime.

 La délégation de Taïwan à Brest 2000 ne s'est pas limitée aux 48 membres d'équipage, puisqu'elle était composée de près d'une centaine de membres. La municipalité de Taïnan était bien entendu largement représentée avec à sa tête M. Hsiao Chong-ray, directeur des Affaires culturelles de la ville. M. Kuo Wei-fan, directeur du Bureau de Représentation de Taïpei en France, avait également tenu à faire un rapide déplacement de Paris pour venir saluer les équipages, démarche qui les a fortement touchés et encouragés.

 Parmi les 1 600 journalistes français et étrangers officiellement accrédités pour couvrir Brest 2000, les médias taïwanais étaient fortement représentés par leurs envoyés spéciaux : sept chaînes de télévision, quatre quotidiens et deux radios, ainsi que le correspondant permanent à Paris de l'Agence centrale de Presse (CNA), de Taïwan.

 Pour le grand public, la fête ne débutait que le 13 juillet au matin. Mais les 20 000 marins, quant à eux, étaient conviés la veille à un gigantesque dîner d'accueil sur les rives de la Penfeld. Pendant ce temps, M. Hsiao Chong-ray représentait la délégation taïwanaise à l'hôtel de ville pour une remise de plaques par M. Pierre Maille, le maire de Brest, réception à laquelle n'étaient invités que les commandants de grands voiliers et unités remarquables.

 Des grands voiliers, il y en avait beaucoup. Vingt-neuf d'entre eux avaient une longueur supérieure à 40 mètres, le plus impressionnant étant le Sedov, quatre-mâts barque russe de 117 mètres de long, le plus grand de nos jours à sillonner les mers du globe.

 Les unités dites remarquables regroupaient principalement les embarcations les plus originales. Les boutres du Yémen et de Mayotte, les pirogues du Sénégal et de l'île Rodriguès, les gommiers de la Martinique, la jonque du Viêt-nam, les bateaux-dragons de TaïwanÉ Tous ces vaisseaux étaient d'ailleurs regroupés dans un village baptisé Europe du SudÉ et mers lointaines.

 Les après-midi des 13, 14 et 15 juillet, les équipages taïwanais ont proposé des démonstrations de compétitions de bateaux-dragons sur les eaux de la Penfeld. Il n'y avait aucun enjeu, simplement le plaisir de montrer au public comment se déroulent de telles épreuves. " C'est un événement extraordinaire pour nous, commentait M. Wang Jui-hu, membre de l'équipage des professeurs. Brest est un grand port avec des bateaux venus du monde entier. Alors, non seulement nous sommes fiers mais aussi très émus de participer à ce grand rassemblement. "

 Il n'y avait pas que les équipages à être émus et enthousiastes, le public l'était tout autant. Le premier jour, les compétitions se sont déroulées de manière plutôt traditionnelle. Mais dès le deuxième jour, l'équipage basque espagnol d'une yole, l'Ameriketatik, a souhaité se mesurer à ceux des bateaux-dragons. Se déplaçant à l'aide d'avirons et non de pagaies, la victoire des Basques était assurée d'avance. Cela était sans importance, le but n'étant pas vraiment de gagner mais de s'amuser, d'échanger.

 De fait, sur la ligne d'arrivée, les Taïwanais étaient aussi heureux que les Basques. Le lendemain, l'expérience fut encore plus excitante et intéressante, tant pour les marins que pour les spectateurs. De jeunes Taïwanais sont montés rejoindre des Basques à bord de la yole, et des Basques sont à leur tour montés à bord de l'un des bateaux-dragons. Les deux embarcations ont ainsi évolué sur la rivière pendant quelques dizaines de minutes côte à côte, sous les applaudissements nourris de la foule massée sur les quais.

 " Ils rament d'une façon très différente, on pourrait même dire opposée, a estimé M. Xabier Agote, charpentier de marine et barreur de l'Ameriketatik. Mais ils sont en train de le faire très bien, même s'ils ne comprennent rien à ce que je disÉ "

 La rencontre s'est achevée bord à bord sur un air de musique basque, exécuté à l'accordéon sur la yole, au rythme du tambour chinois embarqué sur le bateau-dragon. Après un échange symbolique de drapeaux, les deux équipages se sont alors chaleureusement salués en les agitant en l'air, toujours sur fond de cette nouvelle musique métisse qui venait de naître!

 C'est par ce commentaire que la chaîne de télévision française TF1 a conclu son reportage du journal de 13 heures consacré aux bateaux- dragons: " Des équipages moitié chinois moitié basques qui naviguent en Bretagne, c'est ce qui s'appelle un beau symbole de fraternité maritimeÉ"

 Enfin, une image insolite sur les quais de la gare Montparnasse à Paris le lendemain. Plusieurs Taïwanais ont débarqué du TGV de 12h56 en provenance de BrestÉ un béret basque vissé sur la tête!

 Bernard Pronost
 Photos de l'auteur