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Encouragement à la lecture pendant l'été

PD: 07/11/00

Tandis que l'année scolaire s'achève laissant la place aux grandes vacances pour deux longs mois, onze directeurs et directrices d'école primaire de Taïpei ont adopté une formule originale pour encourager leurs élèves à lire pendant l'été.

 Lors d'une conférence de presse insolite et impromptue, à laquelle étaient également invités MM. Ovid Tzeng, ministre de l'Education, et Luo Wen-jia, vice-président de la Commission d'Etat de la Culture, ces directeurs d'école, travestis en tutu, ont promis de jouer en public à la rentrée des classes le ballet de Tchaïkovski Le Lac des Cygnes, à condition que les enfants puissent certifier avoir lu une douzaine d'ouvrages pendant les vacances.

 Leur apparition costumée a déclenché le fou rire de ceux qui étaient présents. Le ministre s'est félicité de ce moment agréable, saluant le courage qu'avaient eu ces personnes de venir amuser leurs élèves pour les inciter à lire.

 Se donner ainsi en spectacle provoque un moment fort qui impressionne les enfants au point de les rendre plus réceptifs à une exhortation, a indiqué M. Tsai Chih-chien, directeur de l'Ecole Chuanyuan, dans le rôle du prince dans le ballet, remarquant que le souvenir merveilleux qu'ils garderont de cette représentation leur rappellera que lire enrichit l'esprit.

 " Pour persuader les enfants de lire, nous allons faire les petits fous devant eux ", a ajouté avec humour M. Hsieh Tzu-fang, directeur de l'Ecole Shihchien.

 Devant le succès de cette annonce, le groupe des " acteurs ", qui a promis de monter sur scène lors de la Fête des Enseignants le 28 septembre, suivra dès ce mois-ci un entraînement sous la direction de professionnels du ballet afin de mettre au point le prochain spectacle.

 M. Chiu Tien-chu, président de l'Association pour l'Encouragement à la Lecture, a pour sa part indiqué que son institution publiait des listes proposant aux enfants des auteurs et des titres selon leur âge et leurs désirs.

 



 
 

La culture hakka insulaire est toujours vivante

PD: 07/11/00

Le documentaire Le peuple hakka de Taïwan et l'album Le chant des Hakka de Taïwan, produits fin juin par l'Office d'Information du Gouvernement, offrent diverses expressions vivantes de la culture et de la musique hakka de Taïwan.

 Les Hakka, un sous-groupe du peuple han (chinois) établi depuis plus de mille ans en Chine du Sud, forment une entité culturelle distincte. Le terme " hakka " qui les désigne est la prononciation cantonaise des caractères chinois kejia, littéralement les " hôtes ".

Une grande épopée

Tandis que les plaines centrales de la Chine, convoitées par des peuples allogènes au nord de l'Empire céleste, étaient envahies, leurs habitants fuyèrent au-delà du Yangzijiang pour s'établir dans les provinces méridionales, sur des terres moins fertiles, le plus souvent dans les collines ou les montagnes. On connaît cinq grandes vagues de migration hakka en Chine.

 Contrairement aux autres communautés qui, au fil de l'histoire, se fondirent dans les régions où elles s'installaient, les populations hakka, restées un peu à l'écart, gardèrent leur originalité linguistique et culturelle, comme le fait de ne pas bander les pieds des femmes. Vers le XIIIe siècle, le peuplement hakka en Chine est à peu près fixé dans les régions montagneuses contiguës aux provinces du Hunan, du Jiangxi, du Guangdong et du Fujian, ainsi que dans le Sichuan. Malgré les influences locales inévitables, on constate chez les Hakka d'est en ouest une certaine homogénéité de la langue, de la culture et de la religion.

 Ils s'adonnèrent à l'agriculture et l'artisanat et pratiquèrent aussi le commerce avec leurs voisins. Si ces contacts rapprochèrent les peuples, ils suscitèrent aussi des convoitises. Faisant face à des attaques répétées et parfois violentes qui répandirent la misère et la désolation dans leurs villages, les Hakka quittèrent ces terres devenues hostiles, beaucoup partant au-delà des mers.

 La grosse vague migratoire de Hakka à Taïwan eut lieu sitôt après sa conquête sur les Hollandais par Coxinga qui y établit en 1662 une base de résistance contre l'hégémonie mandchoue sur la Chine. Mais, la prise de l'île par les forces impériales Qing en 1683 s'accompagna de l'interdiction aux Hakka de s'y installer. Pendant ce temps, l'arrivée massive de réfugiés minnan, un autre sous-groupe ethnique han du Fujian du Sud, repoussa les Hakka insulaires dans les collines et les contre-forts de montagne. L'immigration de Hakka à Taïwan ne reprit qu'au début du XIXe siècle, après la levée du décret, dans des proportions moindres.

 Les communautés hakka, représentant aujourd'hui environ 15% de la population de l'île, se regroupèrent à Taïwan selon leurs origines continentales. Aussi peut-on les diviser en deux groupes distingués par leur patois, l'un au sud, probablement le plus anciennement établi, l'autre au nord.

 Les Hakka du sud, dans les hsien de Kaohsiung et de Pingtung, sont originaires des régions montagneuses du nord-est du Guangdong. Ceux du nord, dans les hsien de Hsinchu et de Miaoli, descendent de colons venus de la côte sud du Guangdong, mais aussi de régions montagneuses limitrophes du Guangdong, Jiangxi et Fujian. On les retrouve aussi dans la plaine centrale de Taïwan, autour de Taichung, et sur la côte est, à Hualien et à Taitung, en raison du brassage des populations de l'île au cours de son développement. Là, les Hakka ont des origines continentales plus diversifiées.

 La colonisation japonaise pendant cinquante ans puis l'imposition de la loi martiale jusqu'à sa levée en 1987 ont assez durement éprouvé les Hakka.

L'industrialisation de l'île, timide sous les Japonais et s'accélérant par la suite, a provoqué un exode rural général et la dispersion des familles. Si les premières générations hakka ainsi disséminées ont pu garder quelques contacts avec leurs racines, les suivantes ont bien failli les perdre.

Coutumes et particularismes

Le documentaire raconte la longue épopée des Hakka et en dresse le bilan actuel par une présentation de ses foyers épars dans l'île, insistant sur leurs particularismes, leurs activités économiques et culturelles remarquables, ainsi que les aspects sociaux, religieux, architecturaux et artisanaux, comme le montrent les premières images sur la grande manifestation populaire des Hakka de l'île, le 28 décembre 1988, en faveur d'une reconnaissance de leur langue et leur culture à Taïwan. Un accompagnement musical original aux mélodies traditionnelles et aux chants hakka sur le thème presque sacré des montagnes marque chaque étape de cette grande tournée dans l'île.

 Les Hakka du sud ont fondé des villages, dont certains prirent quelque importance, comme Meinung, dans lesquels ils ont perpétué leurs traditions de façon plus marquée. Excellents agriculteurs, ils se sont adonnés à la culture maraîchère et à celle du tabac. La spécialité de Meinung (hsien de Kaohsiung) est bien sûr les " légumes salés ", un condiment hakka fait de feuilles de moutarde marinées dans une saumure et séchées. Pour agrémenter un repas, une friandise recherchée est le moatchi, une pâte de riz glutineux sucrée servie tiède avec des cacahuètes en poudre. Dans l'artisanat, le parapluie en papier huilé est le symbole de cette communauté. On retrouve évidemment ses spécialités de " pays " dans les autres foyers hakka.

 Au nord, autour de Hsinchu, les Hakka sont aussi cultivateurs de céréales et éleveurs de porcs. Ainsi, chaque année, lors de la fête dédiée aux dieux de la Prospérité, a lieu le concours du plus gros porc où sont présentées des bêtes dépassant 800 kg. Dans la région de Miaoli, planteurs de théiers, de cannes à sucre et aussi de camphriers, les Hakka ont perpétué la fabrication du camphre et de ses produits dérivés. C'est une industrie qui remonte à plus de cent vingt-cinq ans.

 Près de Taichung, les fleurs et plantes en pot cultivées avec minutie par les Hakka sont vivement appréciées des insulaires pour décorer leur logis. Sur la côte est, près de Hualien, les immenses champs d'hémérocalles, ou lis jaunes, sont une particularité de la région. Outre sa valeur décorative, cette fleur est pour les Hakka un ingrédient culinaire très apprécié. On peut alors savourer sur place le délicieux bouillon aux lis jaunes.

 Malgré leur éparpillement à travers l'île, les diverses communautés hakka pratiquent, d'une façon assez uniforme, des rites issus de l'ancienne religion chinoise. L'importance est donnée aux dieux et esprits des montagnes suivant le calendrier des fêtes religieuses traditionnelles, en particulier celle des Trois Rois de la Montagne, symboles des montagnes salvatrices honorées par les Hakka. Par ailleurs, on note que les aspects taoïstes semblent nettement plus marqués dans la religion des Hakka, témoignant de leur caractère plus fort et de leur volonté de préserver leurs coutumes dans un environnement différent.

 Brûler les papiers écrits ou imprimés est aussi une coutume observée chez eux. Leur respect presque mystique à l'égard du document écrit ne leur permet pas, une fois devenu inutile, de le jeter: il doit être brûlé. Pour ce faire, chaque quartier hakka possède, souvent près d'un autel public en bordure de chemin, un petit kiosque en briques, en fait une sorte de four en forme de pagode, où sont enflammés les documents dont on veut se débarrasser.

 Dans un village hakka, les maisons traditionnelles sont en général mitoyennes, présentant à l'extérieur un aspect fortifié qui n'est pas sans rappeler l'architecture de leurs habitations d'origine dans les montagnes continentales. Des passages entre les maisons permettaient à leurs habitants de se mobiliser immédiatement pour repousser un assaut.

 Dans le domaine de l'artisanat, leur habileté est devenue proverbiale. Industrieux, les Hakka ont probablement pratiqué tous les métiers, par nécessité collective puisque leurs villages isolés vivaient plus ou moins en autarcie. Dans les domaines où ils excellaient, ils ont développé un art.

 L'opéra hakka est certainement l'expression vivace et populaire la plus représentative de cette communauté. C'est une variété de l'opéra chinois, dont celui de Pékin est le plus connu. Il n'y a pas de festivité hakka sans un de ses spectacles riches et colorés.

 La musique particulière des Hakka a été aussi introduite dans l'île. Malgré le temps et la distance, les mélodies bercent toujours l'âme hakka et les chants nostalgiques ont été composés sur les terres nouvelles, comme le révèle l'album. Les groupes orchestraux, selon le nombre de leurs musiciens et de leurs instruments, ont une fonction ou un symbole précis lié à l'événement fêté (naissance, anniversaire, noces, funérailles, etc.). L'orchestre dit des " Huit Sons Hakka ", anime le plus souvent les réjouissances familiales, civiles et religieuses d'une manière vive et mélodieuse.

Les chants, tant traditionnels que modernes, sont souvent inspirés du thème presque sacré des montagnes. Aujourd'hui, grâce aux techniques modernes de diffusion, la chanson hakka est devenue le trait d'union de cette communauté chinoise.

 Plus ouvert au monde contemporain, ce moyen d'expression est aujourd'hui le plus dynamique. Il n'est plus rare d'entendre des morceaux de musique d'avant-garde en hakka, comme le Rock'n Roll des Montagnes interprété par le groupe hakka de Luo Kuo-li, qui offrent une synthèse assez vivante de la tradition des chants montagnards sur un rythme nouveau.