Le détroit de Taïwan est connu pour ses courants et contre-courants alternants avec les moussons, tant redoutés des marins chinois. Sa traversée était autrefois périlleuse, et l'abord du rivage insulaire rendu dangereux par l'hostilité des tribus aborigènes. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles l'île a été tardivement fréquentée par les Chinois.
Pêcheurs et aventuriers se sont pourtant lancés sur ces eaux menaçantes, sous la seule protection du Ciel, donnant naissance au culte de Matsu, la déesse de la Mer et la protectrice des Marins. Selon la tradition, une jeune femme appelée Lin Mo-niang (960-987), née dans l'île de Meizhou, dans la province du Fujian, serait parvenue à plusieurs reprises à calmer les flots en furie, sauvant des marins en perdition. Vénérée de son vivant, elle est déifiée après sa mort sous le nom de Matsu (Ancêtre Mère), avec le titre de Mère céleste, tandis que son culte se répand rapidement sur les côtes chinoises aux XIe et XIIe siècles.
Sur son lieu de naissance a été édifié un grand temple, haut lieu de pèlerinage des pêcheurs et des marins chinois. Plus tard, arrivant en masse à Taïwan après une traversée pénible, les pionniers chinois ont remercié la déesse de la Mer en lui consacrant quelque 870 temples dans l'île et en la proclamant protectrice de Taïwan.
A la suite de la conquête du continent chinois par les forces communistes, les pèlerinages insulaires à destination de Meizhou ayant été interdits, c'est le temple de Chen-lan, à Tachia, dans le centre de l'île, où avaient été déposées des reliques de Matsu provenant du grand temple de Meizhou, qui est devenu le centre d'attraction des fidèles taïwanais.
Ainsi, chaque année, l'anniversaire de Matsu (le 23e jour du IIIe Mois du calendrier chinois traditionnel, tombant cette année le 27 avril) y est célébré avec ferveur au milieu de rituels complexes et colorés. Précédant le saint événement, une grande procession est organisée pendant huit jours: l'effigie sacrée, conservée à Tachia, se rend alors en visite dans quelque soixante grands temples dédiés à la déesse de la Mer avant de revenir à son point de départ. Sur un parcours d'environ 300 km, les fidèles se bousculent pour vénérer la divinité portée sur un palanquin, la voir ou la toucher à son passage, implorant, priant avec des bâtonnets d'encens et présentant nombre d'offrandes.
Après la levée de la loi martiale en 1987, les insulaires ont profité des visites autorisées sur le continent pour reprendre le pèlerinage en direction de Meizhou par des chemins indirects. Devant leur nombre croissant, jusqu'à 100 000 par an, des tours ont été organisés via Hongkong ou Macao.
Depuis longtemps, les fidèles réclamaient l'autorisation de faire le voyage directement. Leurs voeux ont été exaucés, puisque la loi du 21 mars 2000 vient en effet d'autoriser les liaisons directes avec le continent à partir de Kinmen, Matsu et des Penghu, des îles sous contrôle de Taïpei. Ainsi, pour la première fois depuis plus de 50 ans, les pèlerins pourront rejoindre directement Meizhou.
La littérature chinoise raconte que Zhang Xu (VIIIe siècle), grand calligraphe de la dynastie Tang, après avoir vu l'artiste de la cour Gongsun Daniang exécuter la danse du sabre, a prodigieusement amélioré son talent et son style. Aujourd'hui, comme aime à le dire Lin Hwai-min, le directeur de La Porte des Nuages qu'il a fondée en 1973, il semble que ce soit l'inverse qui se soit produit, puisque les membres de la prestigieuse troupe de danse taïwanaise se sont inspirés de l'écriture du calligraphe contemporain Tung Yang-tzu pour atteindre de nouveaux sommets dans l'expression chorégraphique.
Ami de longue date du calligraphe qui a tracé le logo commercial qu'utilise La Porte des Nuages depuis sa fondation, Lin Hwai-min avait invité ses collaborateurs à une récente exposition des oeuvres de Tung Yang-tzu au Musée national d'Histoire, à Taïpei, pour un débat sur le style " courant libre ", selon lequel l'écriture est modulée avec souplesse à partir du modèle conventionnel. Cela a inspiré les danseurs de la troupe, leur redonnant entrain et force d'âme dans l'exécution de leurs dernières productions comme Héritage, Les neuf chansons ou encore Le rêve du Pavillon rouge.
Tung Yang-tzu aime à dire que son style doit se voir comme une évolution des formes traditionnelles. Cependant, sans oublier le tracé originel des caractères, il l'a libéré des contraintes conventionnelles, comme l'ordre des traits ou leurs formes orthodoxes et figées, pour donner à son écriture un élan qui fond l'image visuelle de l'idéogramme dans un mouvement naturel de la main ou du poignet.
Selon Lin Hwai-min, c'est l'intense expression du mouvement harmonieux du pinceau du calligraphe qui a fortement inspiré les danseurs dans leur nouvelle chorégraphie.
L'Office [municipal] des Affaires culturelles de Taïpei a inscrit le 11 avril l'ancienne résidence du président Yen Chia-kan dans sa liste des monuments historiques.
Située sur l'avenue de Chungching, la demeure de deux étages a été bâtie en 1910 sous l'occupation japonaise (1895-1945) pour de hauts fonctionnaires nippons. L'habitation est entourée d'une grande cour et d'un petit parc d'une superficie de 1 800 m2. Couvert d'un toit de style chinois, le bâtiment a été conçu dans un style baroque " à la croisée des architectures d'Orient et d'Occident ".
Soigneusement entretenue par la famille de l'ancien président de la République, elle a conservé tous ses atours originels. Ainsi, les arbres, les plantes et même les pièces du mobilier, comme les chaises en rotin ou les ventilateurs au plafond, ont gardé cet aspect du temps passé.
Mme Lung Ying-tai, directrice de l'office, a indiqué que l'ancienne résidence du président Yen Chia-kan comprenait aussi le pavillon voisin de la Grande Harmonie qui avait servi à l'ancien chef d'Etat pour recevoir ses hôtes officiels mais s'est malheureusement abîmé depuis son retour au domaine public.
La municipalité entend restaurer l'ensemble, comme faisant partie d'un patrimoine fonctionnel, au même titre que la maison de thé Wisteria ou le studio de danse de Mme Tsai Jui-yueh, deux autres édifices également bâtis sous l'occupation japonaise.
Il y a encore quelques décennies, de nombreux insulaires habitaient des maisons dites japonaises, construites à l'époque précédente et récupérées après la rétrocession. Au moment de l'urbanisation de la capitale dans les années 70, beaucoup ont cédé la place à des constructions plus hautes et plus modernes. Celles qui ont échappé à la destruction sont aujourd'hui les témoins d'un passé révolu, telle la demeure du président Yen Chia-kan.
Yen Chia-kan, né en 1905 à Suzhou, dans le Jiangsu, a longtemps occupé le devant de la scène politique à Taïwan. Des débuts remarqués dans la fonction publique le font nommer dès 1938 commissaire aux finances auprès du gouverneur du Fujian. Il se dévoue activement au financement de la Guerre contre le Japon, puis est dépêché en 1945 à Taïwan, nouvellement rétrocédée, où il contribue à la réorganisation financière et au démarrage économique de l'île. Après le transfert du siège du gouvernement de la République de Chine à Taïpei, il devient de 1950 à 1954 une première fois ministre des Finances, portefeuille qu'il reprend en 1958, ayant assuré entre temps les fonctions de gouverneur de la province de Taiwan. En 1963, nommé Premier ministre, il facilite grâce à sa gestion financière la transition économique de l'île après la suspension de l'aide américaine en 1965. Elu en 1966 et réélu en 1972 vice-président de la République aux côtés de Tchang Kaï-chek, il accède à la magistrature suprême à la mort du Généralissime en 1975 pour finir le mandat inachevé. A partir de 1978, il assiste encore de ses conseils ses successeurs avant de s'éteindre en 1994.
A l'occasion de la Semaine asiatique du Printemps 2000 de Sotheby, la célèbre maison de ventes aux enchères a exposé plusieurs objets d'art chinois pendant trois jours au Musée Shin Kong à Taïpei avant leur prochaine adjudication qui aura lieu du 29 avril au 3 mai à Hongkong.
Parmi les pièces qu'on a pu admirer dans la capitale, il faut citer un vase hexagonal de la " famille rose ", un chef d'oeuvre de la période Qianlong (1736-1796), qui fait partie d'une paire, l'autre étant conservé par la Fondation Chang.
Pendant l'exposition, on a pu aussi remarquer la tête de tigre en bronze, représentation zodiacale de l'animal, qui a décoré un temps la fontaine placée devant le Palais d'Eté, dans la banlieue de Pékin. On rapporte que cette pièce faisait partie du lot emporté par les troupes françaises lors du sac de ce palais en 1860.
Egalement présenté, un premier ensemble de 91 peintures chinoises classiques, ayant autrefois appartenues à la collection de l'empereur Qianlong, mécène et fin amateur d'art, sera mis en vente le 1er mai à Hongkong. Plusieurs tableaux chinois font partie d'une cession en bloc de la Collection Currier.
Un deuxième lot de 167 autres peintures contemporaines chinoises sera aussi apprécié et adjugé ce même jour par Sotheby aux divers amateurs d'art. On y trouvera des oeuvres d'artistes taïwanais, comme Zhang Daqian, Sanyu, Pan Yu-liang, Hung Tung et Wu Hao qui sont fort appréciés des collectionneurs insulaires.
La Fondation Wu San-lian a entrepris de convertir son Centre sur les Ressources historiques de Taïwan ouvert sur l'Internet en un site réunissant les biographies des principaux personnages ayant marqué l'histoire de l'île. Son directeur, M. Wen Chun-fen, considère qu'il existe déjà de nombreux endroits sur l'Internet où obtenir des données historiques sur Taïwan mais encore aucun qui soit dédié à ses figures illustres. Afin d'étendre le nombre des biographies proposées, les responsables du site sont actuellement à la recherche d'informations, appréciant grandement toutes les aides extérieures. Au fur et à mesure de son évolution, le site constituera une nouvelle fenêtre sur Taïwan, son histoire et ceux qui l'ont faite, souhaite M. Wen Chun-fen.