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L'éducation physique remise à l'honneur

PD: 05/21/97

Accordant une importance particulière à l'éducation, la société chinoise à Taïwan se tourne vers un rééquilibrage de l'enseignement au profit de l'éducation physique. #Le quotient intellectuel (Q.I.), un équivalent quantitatif mesurant l'intelligence d'une personne, est en usage depuis longtemps. Récemment, on lui a adjoint le quotient émotionnel (Q.E.), une autre valeur chiffrée de la faculté d'adaptation sociale et des dispositions nécessaires au succès d'une personne. Mais, même avec un Q.I. ou un Q.E. élevé, on restera un mauvais athlète si le Q.P. -- le quotient physique, un critère évaluant les dispositions physiques de l'individu -- est faible.

A la fin du mois de février, au moment des inscriptions de second semestre au lycée Yingchiao de Taïpei, les lycéens ont tous reçu une «carte d'aptitude au sport», d'un modèle informatisé, sur laquelle devront être notés les résultats aux examens d'éducation physique obtenus au cours du semestre écoulé.

Sur la carte d'un élève de classe terminale, on a pu lire notamment: «Endurance musculaire -- flexion des genoux --: une moyenne de 15 mouvements en 30 secondes, notée 3. Souplesse -- en position assise, extension du buste vers l'avant --: un écart de 24 centimètres, notée 2. Force spontanée -- saut en position debout --: 154 centimètres, notée 3. Endurance cardio-pulmonaire: 800 mètres en 342 secondes, notée 1.»

M. Lin Kao-yi, directeur de l'éducation physique de ce lycée, souligne que, cette fois-ci, pressées par le temps, les autorités éducatives lui ont remis des «cartes d'aptitude au sport», sans avoir précisé le contenu des programmes d'éducation physique.

Prenons l'exemple d'un cours d'éducation physique durant lequel les élèves de la seizième section de la «classe pré-secondaire» (équivalent de la sixième en France) se préparent aux épreuves physiques requises pour leur Q.P., sous l'attention vigilante de leur professeur, Mme Li Mei-chin, armée d'un ruban métreur et d'un chronomètre.

Passant des épreuves d'endurance musculaire, les élèves, rangés deux par deux, s'accroupissent sur les talons, puis se relèvent et ainsi de suite, en gardant le corps droit et en comptant le nombre des flexions de genoux dans le temps imparti. Au début, tous sont à l'unisson. Puis, en fonction du rythme de chacun, les élèves poursuivent leurs mouvements en complète discordance. Certains progressent régulièrement, tandis que d'autres s'essouflent rapidement, mais continuent leurs efforts.

Au terme de l'exercice, les élèves rapportent leurs résultats. Ceux qui ont réussi plus de 52 flexions ont la note 5, et ainsi de suite, dans l'ordre décroissant. Les critères étant identiques à tous les élèves quel que soit leur sexe, on remarque tout de suite une forte disparité entre garçons et filles, les premiers prenant quelques points d'avance.

En revanche, aux exercices de flexibilité, les filles les surpassent. Au sol, les élèves, assis, les jambes étendues, mi-écartées, se plient et tendent les mains vers l'avant. Lorsqu'une fille parvient à un écart de 40 centimètres entre le bout de ses doigts et ses talons, elle est aussitôt applaudie par ses camarades.

En janvier dernier, s'est tenu le Symposium de l'Education physique 1997, organisé par l'Association nationale de l'enseignement physique avec la participation de plusieurs professeurs et gymnastes de pays voisins. M. Yoshifumi Kobayashi, de l'université de Yokohama (Japon), a souligné dans son allocution que le Q.P. moyen de la population avait aujourd'hui grandement baissé, essentiellement en raison d'un enseignement physique mal approprié, de la diminution des aptitudes corporelles et de la lenteur des réflexes. Aussi a-t-il lancé un appel aux parents pour les inciter à développer l'éducation physique de leurs enfants.

Le Q.P. est une estimation chiffrée des aptitudes physiques, des réflexes d'un individu, ainsi que ses dispositions pour le sport. C'est à ce genre d'évaluation que se livrent la plupart des gens lorsqu'ils se disent en bonne ou mauvaise forme.

L'an dernier, les résultats obtenus lors de plusieurs examens nationaux ayant suscité quelques préoccupations concernant la santé de la population, le ministère de l'Education a confié la réalisation d'une étude sur ce thème à l'université nationale normale de Taïwan et au collège d'Education physique et sportive, en vue d'établir un programme destiné à renforcer les aptitudes physiques du citoyen. Les performances d'une trentaine de milliers d'élèves du primaire et du secondaire ont permis d'établir des critères en fonction de l'âge.

Ainsi, il devient plus facile de comparer le Q.P. des jeunes Taïwanais avec celui des enfants d'autres pays. D'après les premiers chiffres recueillis, la jeunesse de la République de Chine serait légèrement moins performante, sur le plan physique, que celles des Etats-Unis, de la Chine continentale, du Japon et de Singapour, mais se situerait au même niveau que celle de Hongkong.

M. Frank Fang, qui a collaboré à la réalisation de cette étude, met cependant en garde contre ce type de comparaison entre nations, car, il estime que les critères varient considérablement selon les pays et que l'on n'aboutit qu'à de vagues estimations. Corroborant cet avis, quelques professeurs d'éducation physique jugent que le ministère a présenté des chiffres beaucoup trop flatteurs afin de donner une meilleure image du pays. Selon eux, trop peu d'enfants ont été soumis aux tests nationaux, soulignant que ces résultats, peut-être une sélection des meilleurs scores, sont en contradiction même avec la mauvaise condition physique de l'ensemble de la jeunesse de Taïwan. Ils affirment qu'il faudrait accorder davantage d'importance aux équipements sportifs mis à la disposition des jeunes à Taïwan pour parvenir à une situation satisfaisante.

M. Wang Yi-chih, directeur de l'école primaire Sanmin, à Taïpei, donne une raison importante à la mauvaise forme physique générale. «On constate évidemment une grande différence de tonicité cardio- pulmonaire entre les enfants qui vont à l'école en voiture ou en bus scolaire et ceux qui s'y rendent à pied. La modernisation a modifié cet état de chose. Aujourd'hui, dans les agglomérations, la grande majorité des parents accompagnent leurs enfants en voiture ou en moto jusqu'à la porte de l'établissement, retirant du même coup à ces élèves l'occasion de faire un peu d'exercice physique.»

A Taïwan, les grandes villes, qui manquent d'espaces, offrent en outre des équipements sportifs insuffisants. Par exemple, l'école primaire Tunhua, dans un quartier central de Taïpei, est typique d'une école urbaine. Les 24 sections d'un même niveau ont leurs cours d'éducation physique en même temps. Quelques sections d'élèves vont au cours de danse ou jouent à la balle sur les courts de tennis, tandis que les 16 sections restantes se regroupent dans la cour exiguë de l'école, qui sert aussi de terrain de sport. «Si on pouvait faire le tour de la piste ovale, ce serait merveilleux», s'exclame une écolière. Il y a trop d'enfants dans cet espace pour pouvoir seulement réaliser ce désir. On retrouve à peu de choses près la même situation dans tous les collèges et lycées de Taïpei.

La qualité de l'enseignement dans le domaine des sports contribue également à accentuer le problème. Les instituteurs responsables de l'enseignement pluridisciplinaire de leurs élèves manquent souvent d'expérience dans le domaine de l'éducation physique. Et, de la «huitième» à la sixième, le cours de «plein air» se résume très souvent à des jeux de ballon dans le gymnase.

Des phénomènes sociaux viennent également peser de tout leur poids sur le problème. Des parents, inquiets de ce qu'ils considèrent comme une montée de l'insécurité, à la suite de disparitions ou d'enlèvements tragiques d'enfants, hésitent à laisser leur progéniture jouer dehors. Aussi, quand les enfants ne sont pas l'école, où la cour est trop petite pour s'ébattre, sont-ils vite enfermés à la maison où ils regardent la télévision ou jouent à des jeux électroniques, les yeux rivés sur le petit écran.

Pendant des années, la République de Chine a consacré beaucoup d'argent et d'énergie à la formation de ses athlètes, sans toujours remporter les succès attendus lors des compétitions mondiales. Les échecs répétés des équipes sportives «chinoises de Taïpei» dans les compétitions internationales et olympiques ont grandement déçu la population.

Pour enrayer cette tendance, les autorités éducatives ont décidé de rendre obligatoires, dès la rentrée prochaine, les tests d'éducation physique dans les programmes de l'enseignement primaire et secondaire (collège et lycée) à Taïwan, afin de redonner aux jeunes le goût du sport et de leur offrir l'opportunité d'améliorer leur performances scolaires.

On assiste aujourd'hui à un rééquilibrage entre les matières physiques et intellectuelles au sein du système éducatif. Plusieurs établissements, publics et privés, ont déjà oeuvré dans ce sens, considérant que les exercices physiques doivent prendre une part aussi importante que les connaissances dans l'éducation. L'extension d'un tel programme à l'ensemble des établissements scolaires est désormais vivement encouragée par les pouvoirs publics.

--D'après un article The land of a low MQ! de Chang Chiung-fang, in Sinorama, Taïpei, avril 1997.