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PD: 04/21/97
Les Chinois adorent le thé de la même façon que les Occiden-taux sont amateurs de café, c'est-à-dire avec une passion insatiable. Ils aiment le thé et en consomment beaucoup. Ils le boivent à petites gorgées dans un moment de détente ou vident de grandes tasses lors de réunions familiales ou d'affaires. Ils dorment sur des oreillers bourrés de feuilles de thé séchées et écrivent même des poèmes ou des essais louant les valeurs spirituelles de sa culture millénaire. Le théier parfumé s'est intégré au quotidien de la société chinoise.
Dans la petite bourgade de Pinglin, située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Taïpei, s'est ouvert le 12 janvier dernier un musée du Thé. Une visite au musée permet de parcourir en quelque temps toute l'histoire de la théiculture en Chine
Les collines pittoresques couvertes de théiers qui entourent la ville fournissent en abondance un thé particulier, le pouchong. Possédant un fin bouquet, cette variété est d'un goût plus léger que son cousin bien connu du centre de l'île, le thé oolong au fumet plus fort.
Avant l'ouverture du musée, seuls des campagnards et quelques pêcheurs à la ligne ou cyclistes du week-end, s'aventuraient jusqu'à Pinglin. Les automobilistes, qui se rendaient aux sources chaudes d'Ilan dans les montagnes voisines, passaient également devant ces plantations de thé, sans jamais s'y arrêter.
Après tout, l'atmosphère paisible qui régnait sur Pinglin n'attirait guère les touristes. De sa population de 6 000 habitants, les quatre cinquièmes dépendent économiquement de l'industrie du thé. Il s'agit, dans ce village, d'un mode de vie qui s'est transmis de père en fils. Il y a plus de 100 ans, les premiers cultivateurs s'y sont installés après avoir traversé le détroit de Taïwan, venant d'Anxi, dans la province du Fujian.
Anxi était également réputée pour son thé. Aussi, quand ils sont arrivés dans la région, ces pionniers ont planté des théiers dans ce paysage qui ressemblait tant à leurs terres natales. C'est ainsi qu'a commencé la culture du thé à Pinglin, explique M. Chung Yao-tsung, le directeur du musée du Thé, dont la famille vit ici depuis plusieurs générations.
Les habitants de l'île et les touristes n'ignorent plus l'aspect singulier de Pinglin, et sa principale attraction est maintenant son musée. Des visiteurs de toute l'île accourent désormais pour connaître l'endroit où l'on cultive le si populaire thé pouchong.
«Le musée a ainsi attiré plus de 80 000 visiteurs depuis son existence, ce qui revient à quelque 1 200 personnes par jour. Certains week-ends, on a compté plus de 5 000 visiteurs», affirme M. Chung Yao-tsung.
Les plantations de thé qui s'étendent autour de Pinglin sont parmi les plus grandes d'Asie, couvrant plusieurs hectares.
L'idée de créer un musée avait germé il y a une quinzaine d'années. Lorsque l'actuel chef de l'Etat, M. Lee Teng-hui, gouvernait la province de Taïwan, il avait alors demandé qu'en soit étudiée la possibilité dans la région de Pinglin.
Le gouverneur entrevoyait là un moyen de perpétuer la culture du thé face à l'invasion forcenée des boissons non alcoolisées et du café à Taïwan.
Les habitants de Pinglin ont été séduits par la proposition et ont aidé à sa réalisation dans leur région. Si l'optimisme a toujours dominé, les difficultés budgétaires rencontrées ont cependant retardé pendant plus de dix ans l'achèvement du projet.
D'après M. Huang Ming-fong, le maire de Pinglin, les coûts de construction proposés s'élevaient à 300 fois les recettes annuelles de la bourgade. «Pour un projet aussi important, nous n'avions d'autre choix que d'attendre une subvention des instances supérieures de l'Etat», souligne-t-il.
Une visite à Pinglin montre le réel succès de ce musée. Ses installations comprennent un bâtiment principal pour les expositions, une salle de projection multimédia, une seconde salle d'exposition, deux jardins avec maisons de thé et plusieurs pavillons, l'ensemble construit dans un style architectural du sud-est de la Chine continentale. Ces formes s'intègrent agréablement au doux paysage rural des environs. Derrière le musée, une cascade ajoute quelque charme au sentiment de paix.
Le bloc principal présente aux visiteurs une information complète sur la plantation et la production du thé, en général, et également son aspect historique dans la civilisation chinoise. Des notes écrites, des outils pour la théiculture, des illustrations et des dioramas captivent les visiteurs. En outre, plusieurs ordinateurs interactifs offrent une foule de renseignements complémentaires.
Les pionniers d'Anxi avaient apporté tous leurs soins à la culture du thé.
Aujourd'hui, leurs descendants ont perpétué la tradition à Pinglin jusqu'à ce jour. Au tout début du processus, a lieu la cueillette des feuilles qui sont séchées au soleil et partiellement fermentées dans des paniers.
«Vous ne trouverez pas dans le monde un autre pays où l'on produit du thé de façon si particulière. Les autres pays producteurs font du thé non fermenté, dit vert, ou bien du thé fermenté, appelé noir. Ici, on fabrique du thé semi-fermenté», fait remarquer M. Chung Yao- tsung.
Dans cette catégorie, le pouchong diffère de l'oolong, non par la variété des feuilles, mais par le degré de fermentation. Celle du pouchong est d'environ 15% plus légère et d'autres thés vont jusqu'à 60%.
Ainsi, le pouchong a une saveur rafraîchissante, plus douce et plus fleurie que l'oolong au goût corsé, mais moins légère que le thé vert chinois au jasmin. Ceux qui préfèrent le pouchong aiment à dire qu'il revêt la belle couleur de la pleine lune. D'autres thés ont des nuances qui vont du doré au brun.
Au rez-de-chaussée du musée, on peut admirer une grande variété de théières. Les connaisseurs ont également des idées arrêtées sur le genre de théière -- porcelaine ou argile -- qu'il leur faut utiliser pour infuser tel ou tel thé. Ils en ont même choisi la forme, accompagnée de tasses originales avec lesquelles ils siroteront le breuvage, notamment pendant la «cérémonie traditionnelle du thé».
Dans la petite salle, chaque trimestre est présenté un thème d'exposition. Ce printemps, sont exposées les théières produites par des céramistes et potiers contemporains de Taïwan qui ont rivalisé de créativité. Ainsi, un tronc d'arbre placé en décoration intérieure a servi de matériau et de modèle à une série de cinq théières.
Dans la salle de projection multi-média, d'une cinquantaine de places, sont offertes des présentations audiovisuelles, distinguant les nombreuses variétés de thé et expliquant les étapes de sa production. Après ce «cours intensif» sur cette part importante de la culture chinoise, les visiteurs ont la joie de pouvoir déguster le thé de leur choix dans une des maisons de thé. A ceux qui ne connaissent guère la cérémonie traditionnelle, des hôtesses viennent servir le breuvage. Les deux maisons de thé du musée et les pavillons annexes peuvent accueillir 168 hôtes.
Bien que le bourgeonnement des théiers soit magnifique au printemps, certains préfèrent un temps plus frais pour venir visiter le musée du Thé. «Je crois que la saison d'hiver est la meilleure», clame M. Ah Chuen, un entrepreneur qui a participé à la construction du musée. «L'air est vif et le brouillard descend des collines et enveloppe les jardins. C'est vraiment très beau.»
Amateur de thé, M. Ah Chuen aime cet endroit. Il se rend souvent dans une des maisons de thé pour bavarder avec quelques amis. Il y aime les airs traditionnels chinois qui, en musique de fond, suscitent un sentiment nostalgique des jours plus simples d'antan, tandis que l'arôme du pouchong embaume l'espace. On oublie alors les tracas de la vie urbaine.
--D'après l'article Museum explains Chinese passion for drinking tea de Huang Wen-ling, in The Free China Journal, Taïpei, 7 mars 1997 (p. 5).