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PD: 04/11/97
«Prendre femme et passer une année de bonheur» est un voeu populaire exprimé pendant la saison printanière.
Pendant les semaines qui précèdent ou suivent le Nouvel An chinois, la société taïwanaise aime célébrer des noces. Pour les deux futurs mariés commence la période romantique des rites nuptiaux. C'est le moment de sacrifier à la tradition des longues poses devant les appareils-photo qui immortaliseront le bonheur des mariés.
Le rituel des photos nuptiales s'étant généralisé, des studios spécialisés dans cet art ont essaimé un peu partout dans les villes de Taïwan, en plus grande concentration, peut-être, à Taïpei, le long des avenues Aikuo-Est et Chungshan-Nord. Ces fringants studios font de belles et lucratives affaires, montrant combien le rite des photos-souvenirs est intégré à la cérémonie du mariage, permettant aux couples taïwanais de conserver pour leur descendance une brillante image de leurs noces.
Les étrangers qui visitent Taïwan trouvent souvent assez étonnant que les vitrines de ces studios soient aussi élégamment décorées. Les boutiques, souvent sur deux étages, sont toujours somptueusement parées de draperies et de portraits géants de jolies mariées chinoises posant devant des paysages splendides. Des dizaines de robes sont offertes à la vue des clientes et éclatent de leurs couleurs qui ne manqueront pas de séduire la future mariée et ses demoiselles d'honneur.
A Taïwan, ces studios ressemblent, vus de l'extérieur, à de fantastiques salons de beauté ou à des boudoirs façon rococo. Il y a une raison à cela. Ils offrent aux futurs époux beaucoup plus qu'un simple album de photos.
A côté de leur fonction ordinaire, ces studios insulaires ont étendu leurs services pour y inclure la location de robes et de bijoux qui seront aussi portés durant les noces. Ils proposent également un maquillage professionnel, une coiffure et des parures originales.
En Occident, les couples ont coutume de faire appel à un photographe spécialisé qui les suivra tout le jour de leur union. Des photos seront prises durant la cérémonie et la réception qui scelleront leur bonheur commun. A Taïwan, en revanche, les couples font faire leurs photographies quelques temps à l'avance par des professionnels.
C'est une tendance relativement nouvelle. Par tradition, les photos de mariés étaient prises le jour des noces en raison de la croyance populaire qui entoure le rite de la levée du voile nuptial. Selon les rites chinois, la promise avait le visage caché par un voile. Si elle le portait plus d'une fois (par exemple, pour la photo puis pour la cérémonie), le couple était voué à la séparation, voire au divorce.
La tradition fut partiellement bousculée en 1978, quand un photographe professionnel, M. Chen Tien-hao, introduisit le concept du studio pour mariés. Son principal argument reposait sur le fait que les préparations trépidantes des noces fatiguaient la mariée. Celle-ci, exténuée, ne pouvait donc plus rayonner dans ses plus beaux atours pour être immortalisée sur la pellicule.
Pour ne pas contrer les croyances locales, M. Chen Tien-hao ne demandait plus à ses clientes de porter le voile durant la séance de prises de vue. Ce problème écarté, l'idée fit son chemin, et plusieurs autres photographes adoptèrent cette formule qui se répandit dans toute l'île.
Ces studios particuliers, choisis par de futurs couples quelques temps avant leurs noces, peuvent commencer leurs prises de vue. Loin des contraintes ou des fatigues du jour de leur mariage, les futurs époux se font prendre en photo seuls ou en couple, selon leurs désirs. «A ce moment-là, la mariée a alors plus de temps pour soigner sa coiffure et son maquillage, ainsi que toute son apparence», confirme Mme Tamie Hsu, du studio C.C. Klien, spécialisé dans cet art.
Aujourd'hui, les studios offrent à leurs clients des programmes complets comprenant une grande variété de vues en salle ou en extérieur, dans des sites pittoresques. Selon Mme Hsu, les lieux les plus populaires à Taïpei sont les berges de la Tamsui, le parc de Yangmingshan, les jardins des mémoriaux Tchang Kai-shek et Sun Yat- sen, le campus de l'université nationale de Taïwan, et, un peu plus loin, le fort San Domingo, à Tamsui.
Ces studios insulaires se distinguent essentiellement des boutiques occidentales de mariage par le fait que la robe de mariée n'y est jamais achetée. Alors qu'en Occident, les jeunes mariées n'ont besoin que d'une seule robe, toujours blanche, à Taïwan, les jeunes filles préfèrent, pour leurs différentes poses, revêtir des robes toutes aussi formelles, mais de styles et de couleurs variés, qu'elles auront sélectionnées parmi les nombreuses toilettes mises à leur disposition par le studio.
«Imaginez un peu si vous deviez acheter toutes ces robes...», fait remarquer une jeune promise dans un studio de Taïpei avant de replonger la tête dans une collection de robes d'où elle sortira les tenues qui lui plaisent le mieux.
Les studios possèdent donc une collection inimaginable de robes de mariée. Les cinq ou six modèles que la jeune mariée aura choisis pour les poses photographiques, ainsi que les parures et accessoires qui les accompagnent, seront également portés les jours des fiançailles et des noces.
Des créateurs qui travaillent avec les studios offrent ainsi toutes sortes de styles à celle qui convolera bientôt, de la robe du soir à traîne aux kimonos japonais, en passant par la tenue nuptiale traditionnelle chinoise.
Les jeunes époux Chiu Shun-ning et David Pan ont choisi des costumes d'époque pour leurs séries de photos. Préférant les prises de vue spéciales en noir et blanc, la mariée portera un chi-pao, le fourreau long traditionnel fendu sur les deux côtés jusqu'à mi-cuisse, qui est la robe orientale par excellence. Lui, revêtira un uniforme militaire de modèle ancien. «Je trouve ce style de photographie très particulier. C'est très romantique», sourit M. Pan.
Le studio offre également des décors assortis pour les différentes poses, sans oublier les immenses bouquets de fleurs, allant même jusqu'à proposer des photos en combinaison de plongée sous- marine censées symboliser l'amour «insubmersible» du couple!
La série photos proposée par le studio comprend toujours un grand portrait encadré des époux, un album complet de photos et une centaine de petites images du couple, de la taille d'une carte de visite, qui décoreront la salle du banquet nuptial ou seront re-mises en souvenir aux invités. Quelques studios imprimeront sur un oreiller traditionnel en céramique une photo du couple ou éditeront un album sur cédérom.
La compétition entre studios est intensifiée par leur nombre croissant dans les villes de Taïwan. Malgré cela, la demande est toujours aussi forte, et les boutiques continuent de pratiquer des prix qui sont loin d'être modestes. Le prix moyen de la série de poses est d'environ 1 300 USD et, s'il s'agit d'un studio de renom, il peut en coûter plus de 2 000 USD.
Malgré ces frais, les couples taïwanais estiment aujourd'hui que cette dépense fait partie intégrante des rites du mariage. Pendant un court laps de temps, s'habillant comme jamais ils n'ont pu, ils vivent dans un monde de fantaisie et de rêve. Ils entrent ainsi avec romance dans la grande aventure du mariage.
D'après un article d'Alana Gallant, in Travel in Taiwan, de Vision International Publishing Company.